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Michael Jackson
nous parle de nous. Sa voix nous rappelle le lien intime, profond, indissociable de la voix avec ce que nous sommes et ce que les autres entendent de nous. .

  • En quoi notre voix reflète notre identité ou notre histoire ?
  • En quoi notre voix nous trahit ? Que nous dit la voix de Michael Jackson ?

Michael Jackson : un exilé ?

Michael Jackson nous a quitté il y a 3 ans, foudroyé en pleine lumière. Mais sa voix continue. En écho à son génie si particulier. Un génie qui lui a coûté la vie.
Tel l’albatros de Baudelaire

Exilé sur le sol au milieu des huées,
Ses ailes de géant l’empêchent de marcher.

Michael Jackson empêtré de sa gloire est devenu la proie d’une réalité médiocre. Qui lui a coupé les ailes et l’a fait chuter. Comme la censure en son temps, coupa les pétales des Fleurs du mal, du même Baudelaire….
Selon moi Michael Jackson est un exilé, de l’intérieur. De l’intérieur de soi, comme d’autres le sont d’une terre ou d’un pays. Il a quitté ses racines, ses valeurs, ses parents, sa couleur…

[note color= »#dbd8cc »] ……………………………………Mais que nous dit la voix de Michael Jackson ? …………..……………….[/note]

La voix et le corps sont restés en enfance.

Lorsque j’écoute la voix de Michael parlée ou chantée, j’entends l’enfant. Comme si l’horloge biologique s’était arrêtée avant la mue. Un enfant dans un homme. Un homme enfant. Une impossibilité à franchir la frontière de l’adulte.
Est-ce le fait d’une « castration médicamenteuse », comme le soutient Alain Branchereau dans son livre : « Michael Jackson, le secret d’une voix » ? C’est possible.
Est-ce un refus biologique de s’identifier à son père tant honni, qui toute son enfance l’a battu,  humilié et traité de « gros nez » ? C’est encore une hypothèse.

Bad : un faux méchant

Michael Jackson appartient à l’enfance. Une enfance idéalisée qu’il n’a jamais eue. Il n’aura de cesse de se projeter dans un monde inventé, fantasmé, qu’il reproduit en contrefaisant le méchant, le dur, le provocateur, le teigneux. Avec moue de circonstance, « mâle attitude », plexus projeté, main gantée et gestes suggestifs. Mais c’est de la frime, du grand jeu, de l’amour du spectacle. Aux limites du grand guignol que son génie et sa grâce transcendent et transforment en poésie pure.

Michael Jackson : androgyne ou castrat ?

Cette voix d’avant la mue semble avoir suspendu le processus de durcissement des cartilages du larynx et l’effet de séparation des fréquences graves et aigues. Cela lui donne une grande plasticité vocale ajoutée à un registre de possibilités inédit. Lui permet de passer sans ruptures ni déformation du timbre de la voix poitrine à la voix de tête. Ce qui donne à sa voix une présence androgyne,  teintée de mystère et de suavité, comme autrefois les voix des castrats.

Une voix à la limite

Sa voix parfois à la limite de l’aigu entretient un effet de corde tendue. La sensation qu’à chaque instant ça pourrait craquer. Même si ça ne craque jamais. D’où le sentiment de l’extrême. Un extrême absolument maitrisé. Que l’on retrouve dans son jeu stylisé, poussé, exacerbé. Dans ses postures, ses gestes arrêtés, son style vestimentaire, son corps paré comme pour un sacre, tenu à distance par une rempart de falbalas.

Une voix qui veut la paix


Qui se souvient d’avoir entendu Michael s’exprimer à haute et forte voix ? S’indigner, réagir…
Comme si il ne voulait pas prendre part au débat social ou extérieur. Comme si l’extérieur n’existait pas hors d’une réalité fantasmée et mise en scène. Pourtant la réalité vraie l’a rattrapé, blessé, humilié. Il n’en manifeste aucune colère ni indignation. Sa silhouette gracile se voûte un peu. Sous le poids d’une peine qu’on devine immense. Tout en lui demande la paix.

Un ange est passé

Étrange combien sa voix parlée disait l’effacement, l’introversion, la timidité de l’homme. Une voix menue, diaphane, retenue qui incarnait une gentillesse quasi maladive. Une préciosité aux antipodes du show men high speed….
Malgré ses scénographies de Bad boys, de revenant et de morts vivants, Michael Jackson incarne physiquement l’image de l’ange. Dommage qu’il ne l’ait pas mis en scène. Il en aurait fait quelque chose de… transcendant.

Merci l’artiste

En fait Michael Jackson ne s’est jamais incarné. Il est resté dans un entre deux : adulte et enfants / masculin et féminin / noir et blanc / fragile et fort / discret et exhibitionniste / public et reclus…
Il n’y avait pas une once de perversion chez cet homme. Qu’un immense mal de vivre et un égo maladif. Il est venu et reparti. Comme un ange qui passe. Trois petits tours éblouissants… Et puis s’en va. Merci l’artiste.

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    31 Réponses à cet article
    1. Jean, tu m’as ramené en enfance, quand j’essayais d’imiter les pas de danse de « Bad », le tout premier 45 tours que j’ai eu de ma vie.

      Je pense qu’à tout les niveaux, cela est clair, Michael Jackson se cherchait une enfance, et le monde des adultes lui convenait mal. Et sur scène, c’était encore autre chose! « Smooth Criminal » est une grande leçon en matière de clips (oui, je le préfère à « Thriller »), de danse. Il aura laissé sa trace, tout comme j’aime à penser que Jeff Buckley, bien que moins connu, en a laissé une aussi.

      • Hello Xavier… petit retour en enfance, le temps d’un voyage gratuit.
        Moi j’étais déjà « grand » et j’avoue avoir été partagé un temps entre la thématique de l’artiste (parfois grandiloquente) et l’intensité hors normes de ce même artiste
        qui m’a donné envie de le suivre. Au fond les thèmes abordés y sont secondaires. c’est l’incarnation du chant et de la danse qui pour moi sont inoubliables.
        Je reste frappé par l’énorme contraste entre le personnage dans la vie et cette boule d’énergie sur scène. Je vais réécouter « Smooth Criminal ». merci pour le tuyau.
        Quand à Jeff Buckley, j’achète aussi.

    2. Que l’on ait aimé Michael Jackson ou pas ne change rien à l’affaire. Il avait dans sa voix quelque chose de magique. L’homogénéité de sa voix des sons les plus graves aux sons les plus aigus reste un modèle unique en son genre. Sa voix était remarquablement entretenue, travaillée et peaufinée.

      Que l’on ait aimé Michael Jackson ou pas ne change rien à l’affaire. C’était un vrai créateur qui ne se contentait pas d’un nouveau petit truc qui pouvait faire fureur. Ses spectacles entiers étaient lui, personne ne peut les jouer à sa place.

      Que l’on ait aimé Michael Jackson ou pas ne change rien à l’affaire. C’était un vrai bosseur. Il a su montrer que le talent ne suffisait pas et qu’il fallait travailler. Ses spectacles réglés au quart de poil le montrent bien.

      Que l’on ait aimé Michael Jackson ou pas ne change rien à l’affaire. Il se donnait à fond et sans compter pour le spectacle. Rien n’était laissé au hasard. C’était juste d’un bout à l’autre et je ne parle pas que de la justesse musicale mais aussi de la cohérence du scénario.

      Que l’on ait aimé Michael Jackson ou pas ne change rien à l’affaire. Il est mort. Mais il nous a laissé tant et tant de choses musicales, chorégraphiques, audacieuses, innovantes.

      Que l’on ait aimé Michael Jackson ou pas ne change rien à l’affaire. Nous lui serons toujours redevable de ce qu’il nous a apporté.

      Thierry

      • Merci Thierry. Et remercions Michael Jackson d’avoir existé…
        Remercions le pour son génie et sa générosité. Pour avoir nourri nos oreilles et notre imaginaire
        de tant de belles musiques et d’images fortes. Qui ont influencées et influencent encore tant d’artistes.

    3. Michael Jackson, c’est tout un univers qui ne se résume sûrement pas à une simple voix de « castrat », c’est un peu limite comme définition… Dirait-on de Prince qu’il a une voix issue d’une castration médicamenteuse ?
      Incroyable tout de même de résumer cette voix à ces commentaires toujours tendancieux d’une certaine façon.
      Non, Michael Jackson, c’est un univers qui échappe à la compréhension de certains, où se mélange poésie, espoir, attente et sensibilité. Car au-delà d’une voix que, pour ma part, je juge plus nasillarde qu’aigue, il y a la complexité d’un homme malmené par la vie depuis son enfance et une nuée d’émotions transmises à chaque mot. Michael Jackson martelait ses refrains pour que son message soit perçu et entendu. Il criait, il implorait et pleurait même !
      Il y a dans la voix de Michael Jackson toute sa vie, toutes ces émotions qu’il a ressenties au fil de ses tribulations. Le résumer à une voix simple est réducteur; le personnage en lui-même est bien plus complexe que cela et les explications à son mystère ne se trouvent sûrement pas dans les rumeurs propagées par la presse à scandales – comme la castration chimique ou le déni de sa couleur !

      • Bonjour Jacqueline.
        Pourquoi voulez vous résumer Michael Jackson et l’opinion que je m’en fait à une voix de castrat ?
        Relisez l’article et vous verrez qu’il y est question de son génie, de ses thèmes et de sa vie.
        Néanmoins la question était : « est-ce que notre voix reflète notre identité ?  » J’espère par cet article y avoir répondu, au moins en partie.
        Pour tout un chacun la voix est une signature qui en dit long. Et pour un chanteur, c’est encore plus intéressant. Cela mérite l’analyse.
        Michael Jackson dans sa voix, entre autre, nous en dit beaucoup. (Sans prétendre le restituer en 50 lignes).
        A votre tour pourquoi résumez-vous Michaerl Jackson au mélange « poésie, espoir, attente et sensibilité ».
        Que faites vous de son génie musical, de son génie de la danse, de la chorégraphie, du clip… ?
        En fait on ne peut qu’être partiel, en parlant d’un tel artiste. En essayant de ne pas être partial.
        Encore merci de votre commentaire.

    4. Bonjour,

      je cherchais des nouveaux liens sur la voix et le théatre etje decouvre votre blog. Ce n’est pas exactement ce que je cherchais mais par des côtés c’est MIEUX!
      En plus voila un éloge de Michael Jackson vraiment admirable ou vous associez un poète français non des moindres Baudelaire. Ce que vous ecrivez sur Michael est ce que j’ai lu de meilleur, avec une phrase d’un producteur dans This is it: Michael va chercher l’émotion plus loin que les autres. je trouve cette parole excellente pour definir un artiste.

      j’en reviens à la voix et au theatre. Il existait autrefois la déclamation et les etudiants comediens du conservatoire devaient apprendre le chant et l’interprétation. Aujourd’hui apres une eclipse la déclamation theatrale réapparait ça et la. Mais la difficulté est d’associer la techique et le naturel. Les derniers que j’ai trouvés en France étaient Maria Casares et Alain Cuny, tres intéressants meme si parfois exagérants, mais décédes malheureusement. Il reste des enregistrements de grandes voix du passé: Gérard Philipe! ressemble un peu à Michael Jackson qui donne une impression d’énergie et de fragilité a la fois. Sa voix est superbe dans Le Cid de Corneille notamment!
      Votre blog est libérateur!!

      • Bonjour Serveria
        J’entends quelque chose de l’Espagne dans votre prénom (?).
        merci en tous cas pour vos paroles élogieuses et solidaires de ma démarche. Merci d’en avoir saisi l’esprit.
        Effectivement il y a chez certaines personnalités à fleur de peau une éternité romantique
        qui les rassemble au delà du temps et des continents dans une même famille de coeur.
        Michael Jackson, Gérard Philipe… Il y a une vérité sensible et forte chez chacun.
        je vous remercie de ces belles pensées

    5. J’étais fan de Michaël Jackson quand j’étais plus jeune, et je ressens toujours une pointe de nostalgie à l’écoute de certaines de ses chansons (ah, l’époque des premières « boums », et mes premiers slows sur « heal the world », même si ce n’était pas vraiment adapté 😀 ).
      J’ai beaucoup apprécié ton article.

    6. « Lorsque j’écoute la voix de Michael parlée ou chantée, j’entends l’enfant. Comme si l’horloge biologique s’était arrêtée avant la mue. Un enfant dans un homme. Un homme enfant. Une impossibilité à franchir la frontière de l’adulte ».
      Combien sommes-nous à avoir eu une enfance volée ? Quelle en est la répercussion sur notre corps et notre voix ?
      Je n’ai jamais beaucoup apprécié Michael JACKSON et c’est après son décès que j’ai commencé à m’intéresser à ce personnage qui aura eu toutes les facettes, objet de tant de contrastes et d’incompréhension ! Je découvre aujourd’hui que si je l’ai si peu apprécié de son vivant c’est peut être qu’il était trop dans la souffrance, trop comme moi….
      Pour devenir adulte faut-il trouver sa voix ?
      Ou pour trouver sa voix faut-il devenir adulte ?

    7. Oh! Merci, enfin une analyse ou un constat que le mystère est chez Michael Jackson, directement issue de son humanité
      Tant de chose négatives ont été livrées par la presse, que je pensais que je ne pensais pas pouvoir lire autant d’analyse positive sur sa personne ou sa voix. L’ayant vu sur scène à Toulouse, je ne peux que confirmer ce mélange miraculeux d’émotions et d’énergie.
      Merci à tous de vos textes et réponses pleine de respect.

    8. Tant de génie au « service » d’une telle souffrance… L’iceberg reste insondable. Adieu Mickael, tu nous auras bien fait danser, et beaucoup moins rêver.

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