Home Non classé Quels bons mots pour prendre la parole en public ?

Les mots sont des entités chargées d’histoire. Chacun est plein de bruit, de vent et de passion. Chacun a traversé les siècles. Chacun à sa façon est vivant et agissant… Doté de vertus et respectant différentes formes et fonctions.
Les mots évoluent et nous font évoluer. Ils appartiennent au visible (écriture) et à l’invisible (paroles, vibration, résonance…) 

Ils se transforment et se transportent. Il suffit qu’ils soient dits, susurrés, murmurés, évoqués de vive voix entre deux personnes, de loin, au téléphone… Ils sont le bruit de l’homme sur la terre ; ils remplissent nos mémoires, nos cellules ; ils sont la chair de nos désirs, le bruit de nos illusions ; plus rapides que l’éclair et néanmoins immuables, profonds, secrets, archaïques, dotés d’une prodigieuse mémoire accumulée, sur des siècles, voire des millénaires ; chacun doté d’un arbre de vie, d’une généalogie qui se perd dans la nuit des temps ; ce sont des mutants. Aussi banals ou quotidien qu’ils nous paraissent.

Les mots sont notre inconscient collectif. Ils tournent dans nos têtes et au dessus de nous comme des nuages menaçants. Une météo affective. Partout présents sur les murs, les écrans, dans les vitrines, dans les cuisines, les toilettes, sur les matelas ou l’on fait l’amour, sur les vêtements, sur la peau tatoués parfois… Et quand ils n’y sont pas, ils sont dans nos têtes, obsessionnels, entêtants. Même dans le silence, quand je me tais ils continuent de vivre.

Ils sont le fruit de mondes enfouis, la salive sonore de mâchoires barbaresques ou délicates qui les ont malaxées, tournés et retournés des millions des milliards de fois dans leurs bouches avant de les cracher vers le ciel en guise de prières, de menaces ou d’imprécations. Ou bien murmurés à l’oreille des femmes, chantés sur les places publiques, glissés entre deux portes pour constituer la rumeur…

Moi je les vois comme des petits animaux à l’œil double. 
Chaque mot est un phare qui regarde vers l’avenir et se souvient du passé.
Chaque mot nous parle vers l’extérieur et regarde l’intérieur.
L’extérieur : la communication, le message oral, la relation aux autres.
L’intérieur : son origine et bien sûr le corps physique qui l’exprime ; avec sa bouche, sa langue, ses lèvres, son expression physique.

Je vous propose sur ce blog de faire un festin de mots. Nous allons les manger, les broyer, les malaxer pour en retirer le jus, l’énergie, la substance, le sang et la dynamique. Car les mots ont un sens comme le bois, le tissu ou toute matière naturelle. Ils nous offrent plusieurs facettes comme autant d’entrées de jeu.
Mots tendres, croquants, liquides, rugueux ou épineux. Ils tournent dans le courant de la phrase comme les tourbillons du courant. On les attrape mais il nous file entre les dents ; on les perd aussi vite qu’apparus.

« Dans mon lit ce soir-là, j’essaie de faire la magie de Mercedes avec les mots. Je ferme les yeux en murmurant : chien… chat… assiette… et ainsi de suite, mais ça ne marche pas vraiment, c’est mieux quand quelqu’un d’autre dit les mots pour toi parce que ce sont des mots auxquels tu ne t’attends pas. On a du mal à se surprendre soi même. On a du mal à se chatouiller aussi, comme me l’a fait remarquer p’pa il y a longtemps. »
(Extrait de « Lignes de faille » – Nancy Huston – Ed. Actes Sud)

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