Débat Présidentiel : les 7 erreurs de Marine le Pen

Marine le Pen a perdu au second tour des élections présidentielles. Indépendamment des idées exprimées, aurait-elle pu faire mieux et en quoi cette leçon peut servir nos prises de paroles ? Que l’on soit manager, cadres, politiques…

Je me suis volontairement arrêté à la première question posée par les journalistes de TF1 et à la réponse des deux candidats. Le tirage au sort ayant désigné Marine Le Pen pour commencer.

En vérité tout est dit dans les premières minutes. C’est d’ailleurs vrai la plupart du temps que ce soit au début d’un débat, d’un exposé, d’une prise de parole : la structure du discours et de la pensée, la posture, la voix, le ton, le rythme, l’expression…

Voici les 4 premières minutes de ce débat présidentiel nous allons « décortiquer » selon ces filtres : le ton, la posture, la voix …

Débat Présidentiel : les 7 erreurs de Marine le Pen

Dès la première minute du débat présidentiel, Marine Le Pen pose son style et ce qui sera le style du débat. Une polémique de personnes plus qu’un débat sur les projets.

Pour ma part, je relève chez Marine Le Pen, 7 erreurs qui intéressent : la stratégie, la posture, l’expression orale.

 

1 – Mauvais départ.

A la question de départ : quel est votre état d’esprit ? Après une première phrase conviviale : « je suis extrêmement heureuse », elle attaque…
Marine Le Pen attaque avec beaucoup de véhémence en une longue tirade son adversaire qui n’a encore rien dit. Elle est à la limite de l’agression.

A mon avis elle rate l’entrée en parole qui est un moment précieux. Celui de la pose et du cadrage. Le moment où l’on donne le ton. Le ton est donné… on est dans la polémique et non dans la hauteur d’un débat présidentiel.

L’attaque pourrait se justifier dans un débat contradictoire ordinaire. Mais il s’agit ici de la présidence de la république et de mesurer « l’étoffe » du futur président. Qui sera le mieux à même de « porter le costume »

 

2 – Elle met Macron en valeur.

Au lieu de se positionner en parlant d’elle, elle inverse les rôles et met son adversaire en valeur.
En s’attaquant d’abord à la personne d’Emmanuel Macron, elle le met en lumière. Elle attire l’attention sur lui. Il devient l’agressé. Dans cette situation le calme d’Emmanuel Macron fait un contrepoint saisissant à la véhémence des attaques. Il se renforce et se recentre. Il semble à ce moment-là canaliser l’attente « présidentiable ». C’était bien joué.

D’autres à sa place se seraient peut-être énervés, à tort, ou auraient durci la posture. Dans son cas, c’est le contraire. Il semble se rassembler d’autant mieux.

Marine Le Pen lui offre l’occasion de montrer sa maitrise et sa sérénité.

 

3 – La femme énervée rétrécit son image

En se positionnant en « querelleuse » Marine le Pen se met en infériorité. Elle montre son impatience. Au risque de passer pour l’énervée de service. Comme la femme trompée qui vient demander justice contre son « infâme » ex-mari. En forçant le trait. Comme l’apprenti samouraï qui agite son sabre en tous sens devant le maitre impassible. D’ailleurs, dans l’outrance Marine Le Pen se trahit et se déstabilise elle-même. Elle ne voit pas qu’elle incarne au moment où elle le dit, ce qu’elle dénonce chez Emmanuel Macron (« C’est celui qui le dit qui l’est »). Avec des mots qui veulent faire mal. Je cite :

….–  La bienveillance a fait place à la médisance
    –  Le sourire étudié s’est transformé en rictus
    –  Il a tombé le masque
    –  Des choix cyniques / Des arguments honteux

Alors que les images nous montrent un Macron au visage paisible et au regard franc.

 

4 – Elle reste l’outsider

Une position en « contre » qui empêche de parler simplement de soi.

Le fait de se positionner en attaque, de mettre la pression sur le débat empêche Marine le Pen d’être sincère et vraie. De rayonner par elle-même. De devenir la « patronne » du débat. La présidente. Elle brouille son image et zappe la femme d’état. Elle s’agite, elle est sarcastique… Elle oublie son programme et ses valeurs. Elle est uniquement contre. Elle se pose en outsider. Qui n’existe pas sans « casser » l’autre. Dans l’ombre de l’autre.

Aveu implicite de sa faiblesse et de la supériorité du camp adverse. Qui en plus n’a pas besoin de notes pour afficher ses certitudes.

 

5 – Elle rate la femme d’état en tirant le débat vers le bas

Son propos et le ton adopté maintiennent le débat dans la banalité. Dans une querelle domestique quand il s’agit de l’avenir d’un pays. Marine le Pen ne se hisse pas vers la fonction. Elle fait le contraire. Elle tire le débat vers le bas. Au « ras du sol ». Elle le vulgarise et le réduit. Au travers de mimiques, d’insinuations ou d’interpellations enfantines.

Il y avait une partie à jouer en tant que femme. Pour incarner la féminité au pouvoir. Une femme présidente aurait été une première en France ! Comme il y a des femmes premier ministre avec Madame Merkel en Allemagne ou Madame Theresa May en Angleterre. Des femmes d’autorité qui ne galvaudent pas leur image.

 

6 – Posture. Elle ne se pose pas.

Fébrilité et agitation desservent la force de la parole

Fébrilité de ton, instabilité du regard, agitation générale ne servent pas une image d’autorité. Marine le Pen apparait tantôt taquine tantôt méchante derrière le sourire de façade. De là entre les deux va s’installer un débat en forme de poker menteur où l’on se sourit pour mieux se tuer…

Cette fébrilité traduit une pression intérieure qui ne se donne pas le temps de respirer et qui enchaine les tirades. Qui ne laisse pas passer les émotions. Une parole « blindée », avec des phrases longues découpées en séquences au dessin mélodique identique et répétitif. A l’opposé d’une parole vécue, avec des variations « senties ». D’où une certaine monotonie d’expression parfois.
Pression qui bien sûr ne favorise pas le temps de l’écoute. Ecoute de soi et écoute de l’autre.

 

7 – La voix est sous pression

Une voix sous pression sans modulation, ni nuances

Comme je l’ai évoqué précédemment Marine le Pen a tendance à se mettre la pression, donc à pousser sur la voix. A la manière dont procédait son père d’ailleurs. Une voix qui ne se laisse pas le temps des modulations et des nuances en gérant mieux les graves et les médiums. Une voix qui ne s’autorise pas vraiment la féminité et les émotions intérieures et qui se limite à « l’animal politique ». Une voix cantonnée dans un registre de gorge. Qui se « blanchi » et se « sature » à force de pousser sur les cordes vocales. Peut-être congestionnées par leur tension permanente.

Nul doute que Marine Le Pen aurait des capacités vocales puissantes qu’elle exploite mal à mon avis.

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3 réponses
  1. Sandrine
    Sandrine dit :

    Merci pour cette analyse objective.
    Sortie du contexte du débat présidentiel, je trouve intéressante l’analyse pour repenser tout cela quand on est concerné par une prise de parole. Bon, d’accord, ce ne sera pas sur les grands médias nationaux, mais on voit bien que la voix, et l’attitude qu’on adopte, parfois inconsciemment, pourrait fausser notre message ou bien nous amener à une piètre prestation.
    J’ai beaucoup aimé justement la fiche pratique donné à la fin de cet article.
    Merci Jean !

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