Home Expression orale Gagner en présence : 10 conseils à François Hollande

François Hollande progresse…
Que lui reste-t-il à accomplir pour nous « arracher de nos sièges », pour nous faire lever et marcher derrière lui ?

« … Si 51% de nos concitoyens jugent que le Bourget n’a pas modifié l’image qu’ils avaient de François Hollande, 44% estiment que ce meeting l’a améliorée et seulement 3% qu’il l’a détériorée… » (Sondage BVA, Orange, RTL et presse régionale après le meeting du 22 janvier 2012, au Bourget).

En 6 mois, depuis la primaire socialiste, François Hollande a beaucoup progressé.

1 – Il s’est éloigné de son imitation de Mitterrand qui finissait par le discréditer.
2 – Il s’est recentré : posture plus stable, gestuelle plus sobre, débit mieux contrôlé.

Il semble plus simple, plus naturel, plus vrai et donc plus convaincant.
Il peut encore s’améliorer sur 3 points :

  • La voix est encore déclamatoire et quelque peu impersonnelle.
  • La parole manque de souffle, d’amplitude et de mordant. Le regard se perd.
  • La forme du discours est souvent indirecte, peu mobilisatrice.

Conseil n°1 : poser sa voix 

La parole en public dépend de la bonne gestion du souffle et de la pose de la voix.
Poser la voix signifie installer une respiration basse et stable, avec un débit maitrisé.
Poser la voix permet de moduler (varier les hauteurs) et de jouer des intonations.
Pour obtenir une expression vivante, ni tendue, ni monocorde.

François Hollande « manque de ventre »… Il respire dans le haut du thorax ce qui lui coupe l’accès à plus de puissance et de graves dans la voix (travail de la ceinture abdominale et appui du diaphragme).

Écoutons l’extrait sonore qui illustre les conseils 2, 3 et 4

Séquences du discours du Bourget à 3 moments différents de son intervention : à 1mn, à 30 mn, à 1h.

Conseil n°2 : varier le ton

Dans un meeting, le public (souvent acquis) vient se ressourcer, chercher des forces pour l’action. C’est là que la voix du leader prend toute son importance.
Je ne parle pas ici d’éloquence ou de contenu mais d’énergie.
Car la voix est un puissant « stimulant ».

Or que fait François Hollande ?
Il démarre sur une note vocale forte, lyrique, motivée, mais très vite figée.
La tonalité de son discours est à peu près égale d’un bout à l’autre, avec de légères inflexions, mais peu de vraies modulations. Au bout d’un moment, le cerveau de l’auditeur s’habitue et s’ennuie, tend à se laisser bercer. L’effet répétitif endort.
Quelques astuces : rédiger son discours en le répétant à voix haute, pour l’avoir en bouche, choisir les mots qui « nous vont le mieux », s’obliger à varier le ton.

Conseil n°3 : donner du mordant à sa parole

La parole est un geste, invisible certes, mais néanmoins concret. Les mots nous « touchent » physiquement (le cerveau est un muscle) et symboliquement (imaginaire).

La force d’une parole réside dans la qualité de l’élocution (diction), dans la manière de mordre dans les mots, comme on imprime la marque de ses dents dans un morceau de viande, un fruit ou un gâteau.
Une parole forte s’imprime dans l’esprit comme une empreinte qui reste.

Conséquence de l’égalité de ton, tous les mots se valent. L’ensemble perd du relief. Le discours s’égalise. L’impact est moindre.

 

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Conseil n°4 : varier le rythme

Le rythme dans la parole est donné par la découpe des phrases, les accents, les silences, les accélérations, les suspensions, les pauses. Or François Hollande est souvent sur le même phrasé, énoncé d’un seul tenant, dans un seul souffle, avec un départ tonique et une chute en fin de phrase.

Exemple dès l’ouverture :

« Mes chers amis, vous qui êtes ici /
vous qui me regardez de loin /
de plus loin même… /
je suis heu… venu vous parler de la France /
et donc de la République… »/

 Des mots importants, symboliques, mobilisateurs se banalisent faute de mise en valeur :
« Amis… France… République
… »

Conseil n°5 : accueillir et préparer son public

Il faut aider son auditoire, l’accueillir et le préparer.
Les hommes politiques, comme les conteurs d’autrefois, sont des raconteurs d’histoires…
Pour dire, raconter, tenir l’attention, une demi-heure, une heure et plus, il faut respecter un certain nombre de lois propres à l’expression orale.

Par exemple, il est bon de proposer dès l’ouverture un déroulé des sujets qui seront traités, un plan du discours ou un rappel des thèmes à venir. Comme une feuille de route qui va aider l’auditeur à suivre et à se reposer sur une trame. Ce qui va en partie soulager son attention. (Beaucoup de spectateurs sont là un peu malgré eux ou un peu distraits ou fatigués). Trame qui va également les aider à mémoriser. On le sait les paroles s’envolent…

Suggestion d’annonce préparatoire : aujourd’hui je vous parlerai de
ou bien : si vous êtes là, c’est que vous avez envie de savoir un certain nombre de choses concernant… etc.

Conseil n° 6 : faire des phrases courtes

François Hollande peut encore raccourcir la distance qui le sépare des Français.
Je note chez lui une emphase, qui émousse quelquefois l’impact de son message.
Une phrase courte a des chances de mieux passer et de rester. Pensons au « Yes we can »  de Barak Obama. Formule simple qui a fait le tour du monde.
Une phrase longue et littéraire (propre au français) est moins « frappante » ou mobilisatrice qu’une injonction.

Exemple : Je suis un élu de la France rurale où les agriculteurs démontrent l’excellence de leur travail sans en recevoir les revenus qu’ils méritent…
Suggestion de raccourci : Nos agriculteurs travaillent dur et sont mal payés. Je le sais, je suis un élu de cette France rurale

Conseil n°7 : aiguiser son regard, cibler son public

Le regard de François Hollande est souvent papillonnant. C’est un regard de lecteur plus que d’orateur. Un regard tourné vers le texte à lire plus que vers le public (même s’il s’efforce de le regarder).

François Hollande doit affermir sa posture et aiguiser son regard afin d’être plus avec ce public. Sa parole sera d’autant plus forte qu’elle s’adressera à une personne à la fois et que chacun dans la salle se sentira « touché ».

Conseil n° 8 : inviter à l’action

Ce que dit François Hollande est juste, cohérent et sincère mais souvent répétitif comme nous l’avons déjà évoqué. Il lui manque quelquefois ces paroles mobilisatrices qui réveillent la foi du militant ou qui rallient les indécis. Des mots qui incitent à l’action sous la forme directe :

Il nous manque des :

« Allons-y… / Agissons…/ Ensemble nous pouvons … / »

Des injonctions, encouragements ou formules qui « donnent des jambes » aux idées…

Conseil n° 9 : éviter la forme négative

Le cerveau n’entend pas la négation. Il est branché « positif »
C’est vrai que je ne m’exhibe pas… / Je ne suis pas un vorace… /  je n’ai pas besoin de changer en permanence…
Toutes les fois que cela est possible, prendre le plus court chemin, celui de l’affirmation.

Exercice : convertir les négations en affirmation.
Préférer : Je suis discret / j’aime partager / je suis constant.

Conseil n° 10 : gagner en présence

La présence joue sur la proximité. Sur la capacité de l’orateur à  émouvoir, enchanter ou créer le désir chez chacun(e). Pour cela la voix est une messagère magique.
La voix entre là où personne ne va… dans l’intimité de l’oreille interne.
Le micro permet de parler à 10 000 personnes intimement.
Il s’agit alors d’alterner les moments forts où l’on s’adresse à la foule avec les moments doux de complicité avec chacun. Passer de la déclamation à la confidence et inversement.

Alors le tribun se confond avec le frère, l’amant, le père, le chef, l’ami ou le confident. Selon la sensibilité de chacun. Il devient une partie de chacun, sa voix, ses mots, son sentiment intime. C’est aussi une façon de passer de la communication à la « communion ».

Pour l’orateur, cela se joue à hauteur de cœur. Ce que l’on appelle : « la voix de poitrine ».
Pour l’atteindre François Hollande doit sortir de l’excitation de surface. Il doit encore gagner en ouverture vocale pour mieux jouer de ses registres haut et bas. Et se poser… en chef d’état.
Il est en bonne voi(x)e…

 

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    16 Réponses à cet article
    1. J’observe que tu suggères 5 améliorations liées à la voix et 5 liées à la structure et au texte.
      Comme quoi c’est bien la résultante des deux qui fera l’impact.
      Merci Jean pour cette analyse.

    2. Merci Alain. ta remarque est tout à fait juste.
      J’ajoute que le fait de préparer sa parole avant d’être en situation, incite à resserrer son discours. Dans un souci d’efficacité orale et d’impact sur le public.

    3. De judicieux conseils, même si l’on n’est pas François Hollande 😉
      Je trouve ces articles fort intéressants et très bien écrits ! Il n’y a pas que la communication orale qui n’ait plus de secret pour vous. Je prends grand plaisir à vous lire !

    4. Bravo pour cet article ! Quel que soit notre sensibilité politique, il est évident que chaque politique devrait s’inspirer de ces conseils, tout comme nous d’ailleurs…! Ton analyse est très pertinente, tu as vraiment bien analysé ses limites. Que quelqu’un de son entourage lui envoie tes coordonnées, bon sang !

      • Mais pourquoi vouloir se débarrasser de ce qui chante en vous ?… :-)
        Je le sais il y a en France un certain conformisme de la parole qui voudrait que tout le monde parle à la « parisienne ».
        Même si je suis parisien, pour ma part je trouve ça dommage.
        A part ça beaucoup de méridionaux arrivent à composer avec les deux. Parisiens dans le nord, avec accent dans le sud…
        Je vous souhaite de trouver la bonne voi(x)e. Quelle qu’elle soit, n’allez pas contre votre nature.
        Bien cordialement
        Jean

    5. Je suis d’accord avec Déborah, ce sont en effet des conseils dont chacun peut bénéficier. J’aime bien la construction de l’article avec les conseils argumentés d’exemples et de propositions. Cela contribue au ton de l’article qui me paraît « juste », c’est-à-dire un ton qui n’est pas dans la critique au mauvais sens du terme, mais dans l’évaluation avisée, le conseil approprié. La différence est importante !

      Merci Jean de nous partager tes conseils.

      Thomas

    6. Merci beaucoup de cette analyse.
      Elle est très éclairante sur la posture de François Hollande.
      En effet, comme vous en parlez dans votre article consacré à Nicolas Sarkozy, François Hollande appartient clairement à cette catégorie d’orateurs que vous appelez « énarques-ventre-mou ».
      Et quelle que soit l’inclination politique de chacun, on ne peut que constater que ce handicap oratoire du candidat socialiste – au-delà d’une posture physiologique – traduit une nature de personnalité peu combative et peu tonique car craintive, et pour qui l’intellect reste déconnecté des réalités concrètes et physiques.

    7. Article très édifiant qui montre l’impréparation de François Hollande dans ce domaine. Point négatif puisqu’il a été chef de parti, puis candidat à la primaire. Est-ce la preuve de ce que Mme Aubry, Mme Royal dénonçaient chez lui : son manque de travail?

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