Home Divers Hollande – Mitterrand : 2 voix comparées

Le maitre et le disciple

L’élection présidentielle, c’est l’affrontement d’idées et de programmes. C’est aussi un homme et une voix. Une voix au sens propre et figuré. La voix de la personne et la voix de la fonction. La voix d’un pays.

François Hollande est-il un bon leader ?
Je réponds à cette question via une analyse comparée de sa voix avec celle de François Mitterrand.

Un François peut-il en cacher un autre ?

Il est dit que François Hollande a des accents Mitterrandiens. Est-ce vrai ?
Jusqu’à quel point ? Voyons ce qu’il en est, en comparant les deux voix dans des conditions semblables de proclamation publique.
Écoutons les deux extraits ci-dessous

1er extrait François Mitterrand


2ème extrait : François Hollande


Parler en public.

Parler en public, oblige à théâtraliser et à projeter la voix. Pour être vu et entendu de tous. Pour parler fort et loin. Ce qui a pour effet de durcir le ton (moins de profondeur, moins de médiums et de graves). La voix se fait clairon, claironnante, crieuse de mots jusqu’à s’exploser les poumons, jusqu’à la harangue voire l’hystérie (dictateurs fous).
..

3 règles pour s’exprimer

Je propose 3 critères d’évaluation du discours en public
(Au-delà du contenu du message et de la gestuelle qui relèvent d’autres analyses)

La déclamation
La métrique
L’intonation

Texte de Mitterrand :

He bien //
nous allons continuer //
Un mot d’ordre //
Que le parti socialiste grandisse //
Un autre mot d’ordre //
Qu’il soit le garant de l’union de la gauche //
Rien ne nous fera changer
(…)

Texte de François Hollande

Pour demain nous sommes dans la vraie bataille, la bataille démocratique
Et là nous n’avons // que deux adversaires
L’extrême droite et la droite et nous n’avons ici que les socialistes qui auront vocation à rassembler toute la gauche »

La déclamation

Art de dire et articuler parfaitement avec « emphase et solennité » (Petit Robert).

Mitterrand

Même s’il a tendance à manger certaines fins de phrases (mot d’ordre / gauche) sa diction est efficace. En excellent prosateur, il met en valeur chaque mot, chaque information de son discours. Le sens de sa pensée s’inscrit en quelques mots-clés qui ressortent :
continuer / mot d’ordre / grandisse / garant / rien / surprenant / constater...

Hollande

« Pour demain nous sommes dans la vraie bataille, la bataille démocratique »

Il démarre vite et enchaine au galop. Les informations se bousculent et font « paquet ». L’impact des mots : Demain // vraie bataille // bataille dé-mo-cra-tique … est émoussé.

Sauf dans la deuxième partie de sa phrase d’entrée qui appuie sur
« Deux adversaires / l’extrême droite et la droite ... »
On perçoit nettement un « accent Mitterrandien » sur le glissando : eeeeet nous n’avons ici que les socialistes qui auront vocation

La métrique

Découpage du texte en relation avec le souffle et le rythme du corps (phrasé)

Mitterrand

Il met son énergie dans chaque parcelle du message. Il s’exprime d’une manière puissante et posée.
Puissance et pose sont indissociables. Elles vont avec l’implication totale du corps.
Chaque séquence du texte est vécue comme un moment plein.

He bien
nous allons continuer //
Un mot d’ordre //
Que le parti socialiste grandisse //

Pour cela, il se donne le temps de réfléchir, de respirer, de se rassembler et frapper. Comme on assène un coup, comme on abat la hache, un véritable travail physique.

Hollande

Il ne tient pas compte de lacoustique du lieu et de l’écho qui brouille la clarté du message et qui devrait l’obliger à mieux découper et à rythmer son débit. D’où une impression de flou. D’emballement.
Il manque à cette parole un ancrage, une respiration qui sont habituellement le fait d’une personne posée.
François Hollande est plus dans l’excitation que dans le partage.

Pour s’aider et par admiration sans doute pour François Mitterrand il en vient à l’imiter comme on l’a vu dans la phrase « eeeeet nous n’avons ici que les socialistes qui auront vocation... »
Soit une manière de dire quelque peu fabriquée, volontariste et plaquée.

L’intonation

Manière de moduler les phrases (variations de hauteur). Sentiment et vécu.

Mitterrand

Le ton est décidé et mobilisateur. Sans concession.

Je relève chez François Mitterrand une façon personnelle de « musicaliser » sa parole en « lançant » la voix sur chaque phrase. Suivie d’un silence puis d’une reprise. On imagine facilement le geste qui accompagne l’intention.

Chaque phrase est vécue comme un moment d’émotion particulier. Chaque séquence est une annonce ou une exhortation.

He bien // ………………………………………………………invitation à l’écoute
nous allons continuer // ……………………………. affirmation péremptoire
Un mot d’ordre // ……………………………………… .appel à mobilisation
Que le parti socialiste grandisse // ………………..proclamation
Un autre mot d’ordre // …………………………….. appel à mobilisation
Qu’il soit le garant de l’union de la gauche //…contrat moral
Rien ne nous fera changer ………………………….décision irrévocable

L’énergie du corps et des émotions liées, crée avec la scansion des mots et la répétition des séquences, ces vagues puissantes qui sont la marque de l’orateur « plein ». Qui donne chair à ses mots. Qui pulse son message pour le faire « taper » au ventre et au cœur de son auditoire. Pour le motiver, le faire bouger. L’inciter à le suivre. Physiquement.

Hollande

Le ton se veut vindicatif mais n’y parvient pas. Il n’a pas de profondeur. Cela reste « gentil » et satisfait. Léger. Plus « chanté » que véritablement investi.

La voix de son maitre
Pour se donner de la contenance et du poids il reprend certains accents de son « maitre » :
Cela s’entend :

Dans les lancements de phrase /

o Mitterrand : eh bien nous allons continuer
o Hollande : Pour demain nous sommes dans la vraie bataille

Dans la modulation interne du phrasé, bien sûr plus marquée et puissante chez Mitterrand.

Exemple ci dessous

C’est quasiment la même musique, le même phrasé, la même découpe, sauf que Hollande ne marque pas les arrêts, escamotant les césures et les reprises d’air.

Tandis que Mitterrand s’implique comme un bucheron qui assène chaque phrase de toutes ses forces, Hollande passe en chemise de nuit comme un rêveur éveillé. Sans se poser.
Il « chante » ou déclame » plus qu’il n’exprime. Sans intensité. Il est de passage…
Il ne nourrit pas le désir, il ne donne pas la force. Il contrefait ce qu’il n’est pas.
Il en a l’air mais pas la musique.

Conclusion

La volonté et l’engagement chez Hollande sont bien présents mais il lui manque d’incarner le leader. De développer une force d’entrainement qu’on appelle charisme. C’est beaucoup de travail et une quasi métamorphose qui ne s’improvise pas. A ceux qui débattent éternellement du fond et de la forme (sous entendu « la forme on s’en fout »… !) Hollande est tout à fait représentatif de ce discours entre deux eaux qui ne fâche personne mais ne stimule pas grand monde.

Les conseils du coach

• Pour « faire poids », poser la voix (retour aux bases, ancrage et colonne d’air)
• Retrouver le souffle de l’expression (conviction / force / concentration)
• Incarner dans la voix, l’autorité du leader
• Travailler la respiration basse et le diaphragme
Penser à ce que l’on dit avant de l’exprimer

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    Bordure
    29 Réponses à cet article
    1. Merci pour cet article très intéressant. Et bravo pour votre intervention dans l’émission « Médias le mag » sur France 5 Samedi 28 Janvier.
      Belle continuation,
      Sonia French

    2. quel dommage toutes ces analyses de voix de politiciens socialistes…
      ça gâche tout même si elles sont censées donner des exemples clairs sur la méthode proposée

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