Home Expression orale Les Voix, les Postures dans la primaire de la droite

Le soir du 20 novembre 2016 étaient donnés les résultats de la primaire de la droite et du centre. Les résultats sont tombés.  François Fillon est sorti vainqueur.
Chaque candidat a ensuite fait sa déclaration. Voilà mon ressenti de coach de la voix et de l’expression orale.
Y a t’il une leçon à tirer pour notre communication ou nos prises de parole ?
Sans aucun doute !…

Nicolas Sarkozy

sarkozyLe premier à s’exprimer fut Nicolas Sarkozy.
Il s’est avancé très digne comme apaisé. D’une voix grave, calme et à peine sentencieuse il a fait une déclaration à la fois politique et sentimentale. Grave mais non tragique. Un Sarkozy d’après le match. Le corps semblait relâché. Débarrassé de ses tics et tensions d’attaquant. Une sérénité mêlée d’abandon et de lassitude. Audible sur les fins de phrases qui chutent avec le souffle. Une déclaration néanmoins tonique et positive. Solidaire et sportive en rendant honneur aux vainqueurs. L’homme avait déposé la cuirasse.

 NKM

nkm

Nathalie Kosciusko Morizet est apparue sur les écrans, féminine, souriante, joyeuse presque. La voix un peu forcée au départ. Sans pour autant monter dans les aigus. Elle s’affirme sans contrefaire l’homme.  Par le vêtement, par l’image physique, par l’expression du regard et de la voix. Une voix qui nous parle avec sincérité.  A la fois fragile et forte. Vivante et nuancée. Avec des pauses qui sous-tendent une inspiration réfléchie, vécue. Une présence en prise directe. Franche.

 Alain Juppé

juppeAlain Juppé a fait une déclaration assez formelle. Lue. La voix est égale et légèrement déclamatrice. Distanciée. Je dirais même extérieure. La personne ne se livre pas. C’est le politique qui nous parle. Quand il félicite « les jeunes avec Juppé », rien ne transparait d’une quelconque émotion, d’un quelconque élan. C’est dit en mode lecture. Rien dans les yeux qui trahisse un enthousiasme, une tristesse ou une joie. Le regard est indifférent. Il récite presque. C’est dommage.

François Fillon

fillonFrançois Fillon s’avance très pondéré. Il n’est pas dans son tempérament de s’extasier ni de faire des bonds de cabri. Il commence néanmoins avec des mots à la hauteur du sentiment ressenti. Il dit : Du fond du cœur, merci. Ca n’ira pas plus loin pour les épanchements mais c’est du bon, du vrai. Pas de promesses tonitruantes, pas de grands mots ni de lyrisme.  La voix égale ne bouge pas ou très peu. La conviction est là mais sans en rajouter.
Néanmoins, derrière la surface des mots et le costume cravate, l’égalité de ton n’est pas froideur, mais simple retenue.

 Bruno Lemaire

bruno-lemaireBruno Lemaire, a fait sa déclaration chez RTL.
Est-ce parce que les rides ne l’ont pas encore marqué ? Il y a chez ce garçon quelque chose du gendre idéal. Pas tout à fait fini. Son discours de remerciement après son élimination de la primaire est sympathique, ouvert, conforme. La voix est posée. Le débit est tranquille et régulier. L’élocution parfaite. Mais la voix est un peu légère.  Comme manquant de corps. Il est propre et lisse à chaque apparition. A croire qu’il dort dans sa doublure indéfroissable.

 Jean-Fançois Copé

copeJe n’ai pas entendu Jean-François Copé au soir des résultats, mais durant les deux débats qui précédaient il m’a semblé hors sujet. Débatteur plus que leader. Debout sur ses ergots plutôt que positionné en chef responsable. Sans ancrage physique ni verbal. Agité comme un gamin de la cinquantaine qui énerve les grands.  Il est souvent vocalement sous pression. La voix légèrement au-dessus de son médium. Un peu haute. La parole pressée trahit une forme d’instabilité. Je le sens dans la justification plus que dans l’autorité.

 Jean-Frédéric Poisson

poissonIl y eut aussi Jean-Frédéric Poisson. Je n’ai pas entendu de déclaration de sa part après l’annonce des résultats du premier tour. Durant les débats il m’est apparu comme un homme sincère mais d’une autre époque, d’une autre façon de parler. Quelqu’un chez qui le verbe est quelque chose de sérieux qui se suffit à lui-même. Donc une voix et une expression en retrait derrière les mots. Sans volonté de convaincre ou de séduire. Corps figé, visage neutre.

 

Que l’on soit de droite ou que l’on soit de gauche, la voix et la posture intéressent toute personne qui s’interroge sur sa propre communication.
L’observation des professionnels, des médias et de la politique nous donne des informations intéressantes.
D’autant plus si vous avez vous même à prendre la parole en public ou à faire face à une caméra.

Votre avis m’intéresse !
Dites moi si ces quelques réflexions sur la voix, et la posture des candidats à la primaire de la droite étaient intéressantes.
Répondez sans volonté de polémiquer. En observateur(trice) des comportements.
J’attends votre avis dans la zone de commentaires ci dessous.

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    10 Réponses à cet article
    1. Bonjour,

      Je trouve votre analyse pertinente et je la partage en partie.

      Pas d’observations sur Nicolas Sarkozy (dans les débats, sauf erreur, il avait des tics de comportement, des mimiques), sur Jean-F. Poisson, Jean-F. Copé et sur Bruno Lemaire.

      Je ne partage pas votre avis sur NKM : j’ai aussi trouvé sa voix forcée, faussée même. Que ce soit dans les reportages, les témoignages ou les débats, je trouve que sa voix ne la sert pas. Elle donne une impression de détachement négligé avec une pointe d’insolence. Cette voix est assez gênante à l’oreille. Il y a comme des aspirations (comme des « h » aspirés), des hésitations dans le choix des mots, ….ce peut être décousu. Pour moi, cette forme tue le fond. On sent aussi l’éphémère, le trop de légèreté, le badin, un côté nargueur. Ses finales / chutes étaient bonnes, astucieuses mais mal exprimées.

      Alain Juppé a une expression orale « épouvantable ». Le ton est plat (absence d’intonation), monotone, monocorde, récitatif. Ressort une impression d’épuisement. La voix est forcé : il semble constamment enroué, avec une difficulté à déglutir. Manifestement, pour moi, beaucoup de choses restent bloqués au niveau de la gorge.
      En bref, ce n’est pas fluide, c’est triste à écouter, cela sonne comme très forcé.
      En septembre 2016, il était meilleur (cf. sur RMC / Bourdin).
      Je note aussi qu’il se redresse souvent comme pour se reprendre en mains, qu’il utilise beaucoup d’ailleurs … peut être pour compenser?.
      Il ne change presque jamais de ton que ce soit dans la colère, la confidence, la démonstration. Presque pareil.

      François Fillon : à mon sens, sa voix est un vrai vrai atout. Hormis Montebourg, je n’ai pas souvenir d’une voix qui apporte autant à un homme politique récent. C’est encore loin de qualité d’expression et de la voix de Robert Badinter… mais c’est un vrai plus. Essayons de couper le son et François Fillon présente peu d’intérêt (peu d’expression hormis les haussement de sourcils, mains assez retenues, sourire timide, yeux parfois dans le vide ou orientés vers le bas). Je partage le reste de votre analyse.

      • Merci Jean-Christophe pour ce commentaire.
        Je trouve intéressant que nous ayons des ressentis différents à partir des mêmes éléments. C’est qu’ il n’y a pas de réponse « vrai ou faux ». Je pense en particulier à NKM.
        Ce que je trouve agréable peux être ressenti comme forcé ou détaché. Nous sommes dans l’humain dans le ressenti. En fait chacun apporte son sentiment et c’est bien.
        Là ou ça devient significatif c’est lorsque le ressenti devient majoritaire, en positif ou en restrictif.
        C’est alors que la personne concernée peut commencer à s’interroger. C’est vrai pour les politiques comme pour les particuliers.

    2. Photogénie, Télégénie… J’adhère à votre analyse sur les caractéristiques que vous avez dépeintes sur les exercices des candidats à la primaire de droite. Dans le second et dernier débat, ceux qui s’en sont le mieux sortis, sont me semble-t-il, ceux qui avait le plus de charme. Ce charme provenait selon moi, soit d’un physique harmonieux allié à une assurance du à une détention parfaite d’un contenu acquis de longue date qui confère au corps une attitude détendue et une expression spontanée donnant une impression de sincérité, soit du capital de séduction et de sympathie, ou encore de familiarité. Je serai curieuse de voir se dérouler le même exercice devant un public. Si je peux me permettre de faire un parallèle avec le jeu des acteurs sur scène au théâtre ou bien au cinéma. Il y a une question de distance qui fait que le langage du corps et de la voix diffère selon « la mise en scène ». La taille, l’âge, les défauts physiques, sont à mon avis devenus des facteurs trop importants dans la sélection des nos représentants. Nous sommes dans un régime de démocratie représentative, mais pour en revenir au domaine du spectacle, ceux qui sont candidats pour nous représenter sont un peu trop contraints par le système médiatique (passage obligatoire) à être surtout en Représentation. Le système des primaires (importé d’outre-Atlantique) accentue la personnalisation de la fonction présidentielle, les « débats » sont ouatés, les flèches attendues et prévisibles. Il faut aussi remarquer une certaine uniformisation des candidats, ceux ( candidats sans appareil, ni soutien financier) qui ont d’autres choses à dire, et d’une autre façon, qu’ils aient du talent ou pas disparaissent ou du moins n’ont pas les moyens de se rendre visibles, ni même audibles.

      • Merci Fao. Je suis tout à fait d’accord avec votre analyse. Même si c’est mon métier d’aider les gens à mieux communiquer je trouve que la part de mise en scène médiatique lamine les différences. Et que les originalité ou spécificités se perdent. Il y a longtemps que le mouvement a été lancé avec la médiatisation à outrance. C’est intéressant à observer pour s’en détacher ou pour savoir le maitriser… ?
        A chacun sa méthode, sa philosophie ou son rejet éventuel.
        Au moins en connaissant les tenants et aboutissants on peut d’autant mieux se positionner, se défendre ou prendre la main.

    3. Bonsoir Jean
      Très bonne analyse
      Pour Nicolas Sarkozy, je l’ai vraiment trouvé très digne. Sa posture, son intonation, le son de sa voix, le ton de son discours était en adéquation avec sa pensée me semble-t-il. Son comportement, malgré sa défaite, était apaisé, et a été très correct en félicitant les vainqueurs lors de ce 1er tour.

      Pour François FILLION
      Oui, là aussi, je suis d’accord. Monsieur FILLON est égal à lui même.
      Très grande retenue, très respectueux face à Mr JUPPÉ pour manifester sa joie. Ceci le caractérise. Très bonne présentation, tenue vestimentaire toujours très correcte.Son discours fut sobre, posé, bien cadré, réfléchi avec un comportement calme, serein, mais pleins de certitudes qu’il semble avoir construites et approfondies ces trois dernières années au contact de chacun de nous rencontré en parcourant tout notre pays. Par son calme, son écoute, ses discours constructifs, allant dans l’analyse des détails il a su rassurer une partie de la population.

      Pour Mr JUPPÉ
      Sa défaite s’affichait sur son visage, malgré qu’il ne voulait rien montrer. Colère retenue. Je ne l’ai pas trouvé naturel…Son discours s’entendait, mais ne pouvait pas se ressentir du fait que lui même ne manifeste pas ce qu’il ressent. (ce qui doit expliquer le fait que ce dernier était lu).

      Pour les suivants je n’ai pas suivi.

      • Bonjour Suzanne. Nous sommes d’accord sur les analyses..
        Je pressens que la victime principale de cette primaire aura été Alain Juppé. Donné gagnant jusqu’au bout et qui voit la victoire lui filer sous le nez. Douloureux pour un homme qui aura misé une grande part de son action politique des dix dernières années sur la reconquête de sa légitimité nationale.

    4. Bonjour Jean,

      Ton style vous va bien, analyse, observation, body linguage, tout reflette l’art du savoir. je ne saurai pas en dire autant :
      NA = boxeur un peu ko, mais… enfin libre,
      NKM = de la legerete… ouf je n’ai pas ete choisie,
      AJ = vide, ben puisque c’est comme ca, je joue plus, je retourne a ma mairie,
      FF = tres presidentiable dans la tenue et dans la forme,
      BL = meme les circonstances ne le froissent pas,
      FC = il se croyait deja…. en haut de la fiche, encore faut-il monter, savoir y monter,
      JFP = s’est trompe de film

      c’est un peu sec, mais il y aurait tellement a dire
      (sorry, il n’y a pas d’accents… clavier Anglais)
      Bonne journee a tous

    5. hello Jean
      J’aime beaucoup ce récapitulatif compacté en une phrase par personne. Je m’y retrouve complètement. Tu devrais faire de la pub, tu as le sens de la formule.
      Pour BL : « même les circonstance ne le froissent pas ». J’aime. Ça pourrait s’appliquer à une marque de vestes, smoking, tenue de soirée ou bien agent secret, amoureux éconduits, homme politique… La boucle est bouclée !
      Merci.

    6. Bonsoir Jean,
      Oui, en effet, en lisant ces commentaires, on peut comprendre que François Fillon ai pu davantage rassurer et sembler ne pas sortir de promesses en l’air dans une France échaudée par les promesses sur la baisse du chômage.
      Surtout avec son air de premier de la classe.

      Bonne soirée

      • Il y a certainement des choix qui se font par rapport à l’air du temps. Telle personnalité plutôt que telle autre semble émerger. Cela tient à sa présence ou à son aura en écho à une attente informulée. Le corps électoral a besoin de se sentir dirigé ou materné, secoué ou rassuré… Il y a bien sûr le message qui va avec.

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