Home Expression orale Parler en public : adopter les 7 points forts de Mélenchon

Jean-Luc Mélenchon pratique l’art de parler en public. Je l’appelle aussi « Mélenchon le flamboyant » pour sa manière de « faire des étincelles »…  Mots d’esprits, regards malins, ton enjoué, mini explosions d’humeur, d’indignation, de colère. Parler en public devient une danse, un acte, une invitation à l’action… Ce qu’il fait en prenant la tête d’une marche vers la Bastille (18 mars) à la façon de De Gaulle en 1944, majestueux, rayonnant, remontant à pied, en libérateur, les Champs-Élysées.

On ne va pas seulement « voir Mélenchon » : on va l’écouter et participer.
C’est ce qu’il ressort des réponses des personnes interrogées à son sujet :
« Lui au moins, on comprends quand il parle / il a l’air de bien parler
… »

Quels sont les points forts de Jean-Luc Mélenchon, dans la prise de parole en public ?

Les 7 points forts d’un grand orateur

http://jean-sommer.fr/blog/wp-content/uploads/2012/03/Melenchon-2.mp3

1 – Il est lui même

Il tire parti de son talent personnel. De ses qualités et ses « défauts ». Tantôt capricieux, tantôt malicieux, sentimental, brusque, emporté, séducteur, « campagnard », lyrique, jouant avec les mots…
Il fait le spectacle (même s’il refuse ce mot). En fait il fait ce que tout orateur doit faire pour rendre son propos vivant, audible et visible à des milliers de personnes venues l’écouter. La parole en public justifie une mise en forme minimum (mise en scène), pour être perçue de loin et par tous les publics. Une gestuelle large. Une amplitude vocale et un tempo verbal, ajustés à l’acoustique du lieu.

2 – Il est posé et centré

Mélenchon, assume la posture visible du leader. L’ancrage, la verticalité, la prestance, le regard, le centrage. (Il ne suffit pas d’être à la tribune pour être le centre. Il faut l’incarner intérieurement). Il établi un lien physique avec son auditoire. Il regarde chacun, lui parle, lui sourit. Et chacun le reçoit ainsi.

3 – Il fait autorité

Il établi une relation d’autorité (auteur / autorisation) avec le public, en lui donnant des règles ou des consignes d’écoute ou de silence. Il commande, interpelle, avec humour ou sérieux. Il est pilote de la rencontre. Pour cela il se fait maitre du temps. Maitre du souffle partagé : élocution posée, respirations, poses.

4 – Il est « entier » dans son expression

Il ne se contente pas de dire, il se donne dans chaque mot. Par toutes les fibres de son corps, par tous les traits de son visage, mobilisé. Il est présent des pieds à la tête. Il donne corps à sa pensée.

5 – Il est pédagogue

Il veut être compris de tous. Il a un souci de clarté qui se vérifie dans la structure, le déroulé et le rythme de ses allocutions. Qu’il ponctue de gestes forts ou de répétitions. Avec une élocution vivante et variée.

  • Bonne diction : Chaque mot énoncé est clairement énoncé et vient jusqu’à nos oreilles. Et non l’inverse ! (Certains nous obligent à tendre l’oreille pour les comprendre).
  • Phrasé modulé (variations de hauteurs) et contrasté (variations de rythme)
    Intonations contrastée. Le temps d’un meeting, il joue de la force et de la douceur en alternance.
  • Pratique de l’humour et de l’autodérision qui détendent et mettent les rieurs de son côté.

6 – Il aime le français

Il mord dans les mots comme dans son quatre heures d’enfant.
La plupart des hommes politiques énoncent des idées. Certaines intéressantes, fortes ou contestables mais répétitives et toujours prévisibles… Mélenchon surprend par son goût de l’inédit ou de l’inattendu. Par sa manière de mettre « les pieds dans le plat » ; son goût des sentences fortes « l’abjecte troïka », par sa totale sincérité qui recoupe sa première qualité de base : il est lui même. L’homme politique rejoint alors le professeur de français qu’il a été.

 Cette maitrise de la langue le rend fort et modeste à la fois. Fort parce qu’il connait le pouvoir des mots et la force de son talent ; modeste parce qu’il se sait l’héritier d’une longue tradition à laquelle il emprunte et se réfère.

 7 – Il est puissant

Il donne de la voix sans forcer. D’où un sentiment de puissance et de confort qui sert son autorité. (Au contraire d’un orateur qui « pousse » ; qui trahit ainsi une impatience ou un manque d’assurance).
Il y a dans la prise de parole de Jean-Luc Mélenchon à la Bastille, quelque chose d’un retour aux sources, à De Gaulle…

 

Un grand orateur

Jean-Luc Mélenchon renoue avec une forme héroïque de la parole.
Sa voix est portée par plusieurs facteurs qui s’additionnent et dont il tire parti :

  • Le moment historique de questionnement que nous vivons (élections présidentielles)
  • La scène médiatique qui lui est offerte
  • Un courant de pensée qui le soutien et qu’il représente (le Front de Gauche)
  • Un charisme personnel assumé et travaillé
  • Le sentiment d’une mission (symboles / références historiques)

Il prouve la force de la parole. Aujourd’hui comme autrefois. Il en fait la démonstration quand avec lui  le Front de Gauche crédité de moins de 5% au début de la campagne électorale est passé à plus de 14% d’intentions de vote.  (Sondage du 23 mars)

 

 Les articles en rapport

Gagner en présence. 10 conseils à François Hollande

 7 conseils pour une bonne diction

Vous êtes candidat… pas d’énervement !

Encore sur Mélenchon…
L’orateur vu par Pascal Haumont

Le prosateur, vu par Cyril Barde

SANS ENTRER DANS UNE POLEMIQUE DE CONTENU, CE QUI N’EST PAS LE PROPOS,
AVEZ-VOUS UN COMMENTAIRE A FAIRE A CET ARTICLE ?

Partager cet article
    Bordure
    31 Réponses à cet article
    1. Bonjour Jean,

      J’avoue avoir consacré une heure cette après midi à regarder des vidéos de Jean-Luc Mélenchon, pour voir un peu le « phénomène » (j’entends beaucoup parler de lui ces derniers temps).

      Et là, je « tombe » sur ton article.

      Après une heure de visionnage (sans rentrer dans le contenu), j’ai effectivement conclu :
      – qu’il est un très bon orateur
      – qu’il donne l’impression de vivre ce qu’il raconte
      – qu’il parle sans précipitation (il sait poser sa voix, faire des silences)
      – et surtout (mais est-ce la conséquence de tout ce que j’ai énoncé ci-dessus ?), il donne l’impression de croire très fermement à tout ce qu’il avance, il semble « habité » par une force intérieure, comme quelqu’un d’intimement convaincu.

      Et enfin, c’est vrai qu’il est pédagogue. Quand il parle, c’est du concret et je le comprend.

      Tout l’inverse de ce que j’entends habituellement en politique où le mot d’ordre me semble :
      « Si vous m’avez compris…, c’est que je me suis mal exprimé ! »

      Tu as noté plus de points que moi dans ton article, j’ai donc des infos sur ce que je dois travailler pour ma propre diction, c’est bien ça ?

      Merci pour cet article synthétique et clair (du « Mélenchon » dans le texte !)

      • Bonjour Samuel
        merci pour cette relecture de mon article.
        Ce qui fait la force de Mélenchon est en dehors de qualités techniques fortes
        une implication émotionnelle et même passionnelle qui à mon avis
        va au delà du discours habituel et qu’on appelle la Sincérité.
        Bonne continuation

    2. Bonjour Jean,
      Oui, quel orateur ! et que c’est beau de voir une telle cohérence dans la conviction et le désir de partage !
      Il y a quelques temps tu nous avais envoyé un msg où il était question de se préparer à dévorer à belles dents de façon à ne pas être dévoré, soi…quelque chose d’approchant et ça ne m’avait pas plu mais c’est un fait, le monde devient une telle jungle qu’il est tentant de s’adapter à ce fonctionnement sauvage, ne serait-ce que pour survivre.
      Je disais à mes collègues et aux parents d’élèves offusqués des comportements violents des enfants : ils sont intelligents, ils ont compris ce qui les attend, ils se préparent à être de parfaits petits  » junglards « . C’est à nous d’être plus forts et de faire en sorte qu’ils éprouvent, qu’ils perçoivent dans ce qu’ils vivent avec nous en classe que d’autres rapports sont possibles et désirables . Ce qui est magnifique avec Jean-Luc Mélenchon c’est ce déploiement jubilatoire et communicatif de puissance et d’intelligence pour contrer la junglarisation si on peut dire, aux antipodes de tout angélisme, et de tout moralisme niais. J’ai trouvé sur internet le programme du Front de gauche pour l’éducation, il est excellent !
      Si tu as à travailler avec des profs, l’empathie nécessaire et féconde qui passe par la voix et la gestuelle ne s’invente pas bien sûr, mais on peut ouvrir les gens à l’empathie (attention, ce n’est pas la compassion inféconde et niaise) en leur faisant lire des bouquins, ce n’est pas ce qui manque les bouquins de socioloques et anthropologues sur la réalité de la vie des mômes qu’on a en face de soi en cours.
      Merci en tous cas pour ton post de professionnel conquis !
      Blandine Keller

      • Bonjour Blandine
        J’adhère complètement à tes réflexions sur la « junglarisation »et les postures contradictoires
        que cela amène. En fait « manger ou être mangé » !
        Je crois qu’il y a d’autres vertus qui se développent (comme les fleurs poussent sur le fumier)…
        La lutte pour trouver sa place amène à des prises de conscience, de soi, des autres, du système…
        Jusqu’à son rejet éventuellement. En être sans en être esclave…
        Ce qu’à sa façon tente Mélenchon.

      • Bonjour Pascal
        merci pour ton suivi bienveillant.
        J’ai trouvé ton article très intéressant. je vais le mettre en lien à la fin du mien.
        A bientôt.

      • Merci Gentleman.
        Militant ou pas ? J’essaie d’être assez neutre et d’observer les faits.
        C’est vrai que je n’aurai pas consacré un article
        à J.M Le Pen qui en son temps fut un orateur redoutable…
        merci de ton commentaire

    3. J’ai lu cet article, comme toutes vos interventions en général, avec beaucoup d’intérêt. D’autant plus que je suis Mélenchon depuis un certain temps, au fil de ses discours et de ses interventions télévisées. Ce qui m’a frappé de prime abord, c’est sa crédibilité Souvent caricaturé pour son côté « fort en gueule », ses invectives voire ses insultes, on évoque beaucoup moins sa rigueur intellectuelle. Lui qui aime citer les auteurs classiques, qui a de solides connaissances économiques, qui s’attache à démontrer ce qu’il avance, avec beaucoup de clarté et de pédagogie. Et puis il y a la forme. A ce titre, en complément de votre article, je souhaite partager avec vous le portrait que lui a dressé Judith Bernard, chroniqueuse spécialisée dans l’analyse des discours à arrêt sur image :
      « Mélenchon apparait un peu en clown dérisoire, il faut dire que vous maltraitez les médias, et ils vous le rendent bien. Vous êtes un peu le roi de la castagne, un castagneur latinisant. Ce qui frappe dans vos interventions en général, c’est l’ampleur de la période, c’est-à-dire la correction syntaxique sur des constructions pourtant très périlleuses, avec des incises et des relatives emboitées. En Gros vous vous lancez dans des phrases de plus de 50 mots et vous retombez toujours sur vos pattes. C’est le talent d’un orateur et d’un tribun habitué à la joute. Je lis dans cette rhétorique classique, l’entreprise constante d’édification de votre propre crédibilité. Puisqu’on vous traite comme un « gugusse », il faut bien que vous prouviez qu’il y en a là-dedans. Dans la caboche bien sûr, teigneuse mais rigoureuse, structurée. Il faut cette correction linguistique pour vous donner l’étoffe politique qu’on vous conteste et peut-être un peu pour rassurer sur votre capacité de maîtrise. Maîtrise de la syntaxe et de la situation, respect des règles en somme et de la loi, quelque révolution citoyenne que vous préconisiez par ailleurs. Peut-être faut-il être un peu légaliste dans la langue quand on a une légitimité politique à bétonner et une révolution à vendre sans trop inquiéter. Message subliminal : avec vous ce sera la révolution mais ça ne sera pas le bordel. »

    4. Bonjour Jean,

      Bravo pour cet article très clair, qui montre effectivement les grands points forts de Mélenchon. Autant je suis tout à fait d’accord avec vous sur le côté « entier » du personnage (ce qui lui permet de jouer sur ses forces et ses faiblesses : un emportement parfois excessif), je trouve que d’autres candidats arrivent aussi bien à incarner leur message. Hollande dans ses meetings, notamment celui du Bourget, est assez bon à cet exercice.

      Je rajouterai qu’un gros point fort de Mélenchon est sa capacité à improviser, à retomber sur ses pattes quand on l’attaque. Nous avons fait une vidéo là-dessus :

      http://vimeo.com/38905508

    5. Bonjour Mr Sommer, je viens de découvrir votre blog et j’en suis ravi. En lisant vos articles, je ne peux m’empêcher de faire le lien avec un artiste que j’apprécie surtout pour ses talents d’orateur, je trouve qu’il dégage un charisme certain dans son élocution, j’aimerais, si vous avez le temps et l’envie, que vous me disiez ce que vous pensez de Tupac Shakur, quelques liens à l’appui:

      http://www.youtube.com/watch?v=ZBT6xIKOo1w

      http://www.youtube.com/watch?v=3m2OUSZ5WR8&feature=related

      Merci bien, à bientôt!

    6. J’adore écouter Mr Mélenchon, c’est un showman qui parle avec son coeur. Il est vrai, authentique et ça me touche. Ce qu’il dit est sensé. J’adore la voix de Manuel Vals dommage qu’il soit plus dans le devoir et l’autorité quand il s’exprime et pas davantage dans le plaisir. Il est charismatique et parler avec le coeur lui donnerait davantage de puissance et d’aura.

    7. Bonjour Jean,

      C’est une personnalité que j’apprécie de part sa présence physique et son franc-parler (je ne parle pas d’aspect politique mais uniquement de ses discours)
      Qu’il dise des choses justes ou pas, on a envie de l’écouter et c’est ce qui compte pour un orateur.
      Je prends donc notes de tous les conseils que vous avez mentionné dans votre article. +1 pour le 1er et le 4ème : « Il est lui-même » et « il est entier dans sont expression » :-)

      Merci beaucoup.

      Xolali

    Laisser une réponse

    CommentLuv badge