Home Voix politiques Parler en public : adopter les 7 points forts de Sarkozy

Parler en public : ses 7 points forts

Nicolas Sarkozy est un « homme de scène ». Parler en public ne lui fait pas peur. Au contraire.
Il est taillé pour.  Il en a la voix, l’œil, le souffle, l’énergie, le charisme.

Il postule à une victoire à l’élection présidentielle de 2012. Parviendra-t-il à ses fins ? Il a déjà obtenu le trophée en 2007.
Peut-il renouveler l’exploit ? Son répertoire est-il encore du goût du public ? Qu’en pensent les coachs ?
Nous ne sommes pas dans un jeu télévisé et pourtant la tonalité de cette campagne électorale nous ramène sans arrêt aux notions de concurrence, de challenge et d’évaluation.

Je distingue chez Nicolas Sarkozy au moins deux registres d’expression :
Le crooner et le tribun


Le crooner

Il y a chez cet homme des qualités vocales certaines dont il use avec maitrise. Pour se donner de la présence et créer un lien fort avec l’auditeur.
Une voix bien en corps, un spectre vocal équilibré (mélange des graves et des aigus), un timbre chaud, un verbe puissant, une assurance à toutes épreuves… Parfois il me fait penser à certains séducteurs à l’ancienne, œil noir et cheveux gominés : danseur de tango ou chanteur pour dames. Capable dans le même temps de susurrer la romance à une femme et de lui faire les poches…

Écoutons-le dans son spot de campagne, représentatif.

Spot de campagne

Il s’en dégage au moins 4 qualités

  • Avoir un bon micro. Savoir s’en servir.
    Nicolas Sarkozy ne « pousse » pas dans le micro. Au contraire il nous parle à voix rapprochée. Comme pour se confier à notre oreille. Il profite de la finesse du son pour faire passer le velouté de son timbre.
  • Faire autorité
    La douceur de sa voix contraste avec la gravité du propos :
    « la France est à un tournant de son histoire… »
    Tout en lui à cet instant inspire le calme et l’autorité. Il est tranquille et déterminé. Il est comme un père qui raisonne les siens… C’est le ton qu’il adopte. C’est l’apparence qu’il donne.
  • Parler avec son cœur
    L’égalité de ton semble vouloir démentir toute volonté de polémique. Comme si d’évidence, il  n’avait rien à prouver ni à vendre… Comme s’il nous parlait avec son cœur.
  • « Envelopper » son public
    Chaque fin de phrase est en voix de poitrine.
    La voix dite « de poitrine » résonne à hauteur du thorax et donne un sentiment de profondeur (graves + souffle mêlés). Par exemple sur les mots : « Outremer / Histoire / Importance / France....»
    Technique qui a pour effet d’amortir et d’envelopper les sons dans un moelleux chaud, sensuel. Intime.

Ce savoir faire n’est pas innocent. Cette retenue, cette voix si calme qui joue sur le velours du timbre me donne le sentiment d’une force ou d’une violence cachées…  La sensation d’un voile qui recouvre des sentiments refoulés. Une sincérité feinte ?

Le tribun

Nicolas Sarkozy incarne l’image de l’homme politique, à l’américaine. Ventre plat, torse bombé.  C’est l’image qu’il a voulu donner. Qui rompt avec l’ancienne génération des « énarques-ventre-mou » à la française. D’ailleurs il faut du coffre et des abdos pour faire porter la voix.
En cela il est excellent.
On l’entend à la fin du spot où sa voix se projette en meeting de campagne. Il passe du plan rapproché au plan large, sans problème.

J’établis une nuance entre :

  • L’orateur, celui qui aime la langue. Qui jongle avec les concepts, l’éloquence et la rhétorique. Qui invente la parole dans  l’instant où il s’exprime.
  • Le tribun, celui qui se sert au mieux de la tribune sans forcément être lui même un créatif de sa parole.

Extrait du discours à la Concorde

Les trois points forts du tribun.

  • Maître du souffle.
    Il est puissant sans forcer. Sa voix s’enfle naturellement. Il remplit l’espace physique du lieu et l’espace sonore des mots pour qu’ils soient bien compris. Il exalte. Il fait passer le souffle de l’enthousiasme et de la foi. Il est un puissant catalyseur des énergies.
  • Maître des mots
    Énergique et démonstratif dans son élan, il mord dans les mots pour leur donner chair et donner corps à ses idées. Il est épique et entrainant :
    « Peuple de France… N’ayez pas peur !... ».
    Nicolas Sarkozy sait frapper la parole comme d’autres la monnaie. Il la gère et la travaille pour marquer les esprits (scansion).
    Notons qu’il n’est jamais aussi fort qu’au moment de monter à l’assaut ou d’affronter l’adversaire. Il n’a pas peur des coups. D’où son désir de débattre et de se confronter.
  • Maître de la scène
    Même au milieu de la foule il sait créer une relation affective, quasi « sentimentale » avec chaque spectateur. Il interpelle et capte l’attention. Il est vrai que son discours « d’attaque » est écrit dans ce sens. Et qu’il sait le mettre en valeur. Phrases courtes, respirations amples, poses…

Nous ne sommes pas dans un jeu télévisé et pourtant Nicolas Sarkozy sait que son sort dépend fortement de son équation personnelle.

Alors ?…
A ce stade de la compétition, qu’en pensent les coachs et le public ?
Nul doute qu’il sera en finale. Qu’il a toutes les qualités pour l’emporter…

Néanmoins …
Il a beau s’entourer des meilleures plumes, il semble qu’il y ait d’autres tendances dans l’air… que d’autres chansons attirent un nouveau public.

Pourtant …
II se voit toujours « en haut de l’affiche »… Il l’a été et compte bien y retourner, Comme dans la chanson d’Aznavour à  laquelle j’emprunte ces quelques vers :

Mes traits ont vieilli bien sûr sous le maquillage
Mais la voix est là, le geste est précis et j’ai du ressort
Mon cœur s’est aigri un peu en prenant de l’âge
Mais j’ai des idées, j’connais mon métier et j’y crois encore
(Aznavour, « Je m’voyais déjà »)

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    5 Réponses à cet article
    1. Merci Jean pour cette analyse. Je souhaiterais élargir l’observation pour constater que Nicolas Sarkozy a de plus en plus de tics qui sont les symptômes d’une communication déficiente.

      Observez ses rictus faciaux, ses mouvements d’épaule, ses coups de menton, ses gestes tranchants, ses regards fuyants… En communication l’expérience montre que le corps ne ment pas et qu’actuellement chez Nicolas Sarkozy il vient régulièrement contredire les mots. Si l’on peut contrôler un discours à 100%, il est impossible de gérer les 660 muscles d’une anatomie. Le corps laisse chacun face à sa réalité, à ses peurs, ses passions, ses humeurs et ses angoisses. Le contrôle total d’une communication est donc une illusion. Le corps est un discours et ne vous laissera jamais le moindre répit. Et aujourd’hui, la communication du Président de la République est en surchauffe. Le Tribun doublé d’un Crooner est fatigué. Il surjoue en permanence et cela se voit. Sa personne domine son personnage de Chef d’Etat. Résultat sa communication est perçue comme mécanique d’où une perte de puissance de ses interventions et finalement un déficit important de crédibilité. Comment dans ces conditions convaincre plus de 50% de l’électorat ? Cela semble difficile voire impossible. A suivre…

    2. Merci pour cette analyse, je reviendrais : c’est passionnant !
      Heu, c’est normal que pour la première photo de N. Sarkozy elle soit prise sur une télé où figure ‘esprits criminels’ !?
      So funny…

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