Home Voix politiques Portrait de voix : la voix de Ségolène Royal

Ségolène Royal était reçue le 26 Avril dernier dans la matinale de France Inter. Interviewée par Patrick Cohen. Le temps d’un court extrait je vous propose d’analyser ici quelques aspects de la voix et de l’expression de Ségolène Roya

Respirer…

Notre façon de respirer détermine largement notre manière d’être.
On le remarque lors de la prise de parole en public et dans l’expression orale en général.




1mn 51 sans respirer

Écoutons d’abord l’extrait, nous l’analyserons ensuite

Je rappelle la question de l’auditeur.

« Madame Royal, si la gauche accède à la présidence de la république, est-ce que vous aurez envie, est-ce que vous aurez les moyens de réduire la scandaleuse disparité des revenus en France, entre français ».

(Il ne s’agit pas ici de traiter du contenu ou des idées mais de la manière de s’exprimer)

Commentaires

Qu’est-ce qu’on observe dans la réponse de Ségolène Royal ?

  1. Elle entre dans sa réponse sans prendre le temps d’une inspiration. Pourtant essentielle. Le mot « inspirer », (in-spiritus) dit bien ce temps de la « mise en esprit » avant l’action.
  2. Elle est dès le départ dans une fuite en avant. Qui produira assez vite des « embouteillages » de souffle et d’expression. Effets de « bousculade au portillon »
  3. Elle ne marque pas la ponctuation. Ni les débuts ni les fins de phrases. Ce qui contribue à gommer les articulations du sens, et de la pensée. L’argumentaire se perd. Tout devient égal et monotone. Trop de paroles banalise la parole.
  4. Elle ne laisse pas aux adverbes le temps de faire leur effet « d’animateurs » du phrasé  : les pourquoi, la première, puisque, et d’ailleurs… Elle passe dessus sans s’y arrêter. Dommage. Cela n’aide pas à faire respirer les phrases. A donner du relief à sa parole.
    Je vous propose de réécouter la première partie de la réponse.

  5. Elle ne marque pas (ou si peu) les accents toniques. A peine souligne t’ elle ici ou là une syllabe « ma première… diplôme». Elle ne structure pas l’écoute. Elle ne pilote pas l’auditeur. Elle énonce comme on récite.
  6. Elle ne s’arrête pas sur les mots forts ou les images qui pourraient avoir un impact. Qui pourraient aider à comprendre sa pensée. A adhérer à son projet.
    « Inégalités salariales (…) choquantes (…) 20 à 30% inférieur.
  7. Elle s’asphyxie. A la fin arrive ce qui devait se produire : elle manque d’air. On l’entend dans sa voix qui s’étrangle ou s’étouffe. Sa voix qui sur le temps, soumise à une pression permanente risque de se fatiguer et de vieillir…

La pression

Tous ces signes sont la manifestation d’une pression. Quelque chose à l’intérieur d’elle qui « pousse vers la sortie ». Une ex-pression qui la déborde. Qui la surprend elle même au point de l’empêcher de reprendre tranquillement son souffle.

Pourquoi se met-elle (ce jour là) la pression ?

–    Il n’y a pas de polémique avec le journaliste Patrick Cohen.
–    Il n’y pas de piège dans la question plutôt favorable de l’auditeur
–    Il n’y a pas de pression extérieure sauf le timing habituel de la radio et les conditions du direct.

Qu’est-ce que cela montre ?

Cette pression n’est pas neutre. Elle nous montre une émotion envahissante qui fini par l’étouffer.

Une « angoisse » (étymologiquement : « gorge serrée » du latin angustia, étroitesse, lieu resserré)

Quelle angoisse ?

–    Peur de mal dire ?
–    Peur d’être interrompue ?
–    Énervement ?
–    Colère ? (Contre qui ?) – Y avait-il une personne « indésirable » dans ce studio ?
–    Se sent-elle fautive ? (de quoi ?)
–    Est-ce un manque de confiance en soi ?

Conclusions

L’auditeur, inconsciemment ressent et vit ce mal d’être, qui fini par prendre la place du discours central. L’auditeur passe alors dans l’émotionnel ou le sensible. Il va dire « j’aime » ou « j’aime pas ».  Non pas ce qui est dit, mais la personne qui le dit.
Ce qui se traduira en termes d’indifférence, de rejet ou d’agacement

Avec des répercussions sur l’image médiatique. Image à laquelle nous sommes tous attachés et plus ou moins soumis. Dans l’entreprise ou sur le net. Ce que l’on appelle aussi la communication. Un ami me disait : « si tu trouves que la communication est fatigante, repose toi, essaie l’indifférence ».

L’indifférence Oui, pour quelques sages et quelques métiers hors médias.
Pour un politique, homme ou femme, c’est impossible. Quand le moindre mot de travers, un petit soulèvement de sourcil, une hésitation en public, sont mesurés, repris et amplifiés, via enquêtes et sondages.

Les conseils du coach

  • Respirer. Paisiblement. Profondément (base des poumons)
  • Accorder la longueur des phrases aux phases de l’inspiration et de l’expiration
  • Faire des phrases courtes
  • Respecter les débuts et fins de phrases (prises d’air)
  • Penser ce qu’on dit comme si on le découvrait
  • Penser à celui qui m’écoute, le visualiser comme si il était présent (élan d’expression).

Article conjoint avec le site de Rue89.

A suivre…
– Ségolène Royal / 3 erreurs. Deuxième partie : partage
– Ségolène Royal / 3 erreurs. Troisième partie : émotion ou indignation

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    14 Réponses à cet article
    1. peut-être que tout ça est vrai …..mais mes oreilles, habituées à accompagner et à coacher les chanteurs lyriques, me disent qu’elle a simplement retenu une toux qui l’aurait empêchée de répondre rapidement à la question, sachant surtout que l’émission est plus un marathon qui ne laisse pas beaucoup de temps pour respirer pas plus pour les invités que pour les auditeurs…. ( à lire sans respirer ! ) qui ne connait pas  » la goutte d’eau » des chanteurs ?? le petit truc coincé qui nous empêche de prendre la respiration, sinon on sait très bien qu’une quinte de toux va se déclencher et là, impossible de répondre à une question, d’autant plus difficile pour les politiques…. à bon entendeur…..

      • Vous avez tout a fait raison pour « l’effet quinte de toux ». Mais dans le cas de Ségolène Royal c’est une quinte de tous qui dure.
        Car depuis longtemps (indépendamment de ses qualités de débatteuse ou de son argumentaire), elle s’étrangle et s’empêche de respirer.
        Elle ne donne pas la place à sa voix. Elle ne s’autorise pas… C’est d’ailleurs comme ça qu’elle s’est fait « dépasser » par Sarkozy lors du débat des présidentielles.

    2. C’est amusant votre « quinte de tous qui dure ». vous auriez mis un t, ça fonctionnait encore mieux. Il est vrai que votre analyse est juste, c’est surtout votre initiative d’analyser une voix qui m’a interpellée. Il est évident que les gens qui savent parler trompent plus facilement le monde !! Sarkosy a peut-être réussi à tromper certaines personnes grâce à sa façon de parler mais j’aimerais beaucoup que vous l’analysiez aussi.
      cordialement.

      • Très joli effectivement la « quinte de tous… » Involontaire et pourtant ça marche. Le français est un sacré taquin.
        A part cela je trouve dommage que l’on associe souvent la voix à la tromperie. On pourrait le dire du visage, du sourire,
        des yeux, de la manière de s’habiller, de se parfumer..; En fait tout ce qui fait l’apparence de l’être humain.

    3. Je trouve votre analyse très fine et très précise.
      En effet, on n’y porte pas très attention au début. On se rend juste compte que sa manière de parler n’est pas très attrayante (on n’a pas envie de l’écouter).

      J’aime beaucoup votre rubrique d’analyse de discours. Cela nous permet, lecteurs, d’éviter de faire ces erreurs nous même.

      Merci encore pour ce contenu de qualité !

    4. On a l’impression qu’elle ne parle qu’avec la bouche, autrement dit que son voile du palais obture ses cavités nasales. Ce faisant, elle parle avec distance, comme détachée de ses mots, en opposition totale avec le contenu de son intervention qui cherche une extrême proximité avec l’auditeur. Cela produit une sorte de parole automatique qui sortirait d’un magnétophone : c’est à elle de parler, elle appuie sur « play »! Qu’en pensez-vous Jean Sommer?

    5. Salut Jean,

      Et pourtant elle n’a fait que parler 1m51 !!!

      Belle analyse que vous nous offrez là.
      Les retombées de l’expression de sa voix vont bien au-delà de ce que l’on peut croire au premier abord.
      Merci pour avoir partagé sur ce point et bravo pour vos autres nombreuses analyses.

      La voix dit tellement plus que les mots qu’avec ces personnalités du monde politique, on en aurait peur de découvrir les résultats de vos analyses.

      A+

      • Hello Alessandro.
        1m 51 suffisent pour entendre l’empreinte d’une personnalité vocale.
        Sans jugement bien sûr.
        Il est vrai que sur l’enregistrement cité Madame Royal en dit long…

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