Prise de parole : ne tapez pas sur les nouveaux élus ! …

Cafouillages en direct…
Voilà une vidéo qui a fait le buzz. Elle est pour moi très instructive. Non pas pour se moquer de qui que ce soit. Trop facile, mais pour repérer certains traits de caractère ou de fonctionnement dans la prise de parole des nouveaux élus de la République En Marche (LREM) et finalement de tous les élus, tous partis confondus. Y compris toute personne amenée à prendre la parole en public.

Le risque d’une parole non maitrisée

En situation professionnelle si votre parole n’est pas maitrisée le risque est que :

  • Elle se retourne contre vous
  • Elle compromet votre message
  • Elle dénature ou déshonore votre fonction

Parler en public est un exercice responsable qui exige un certain nombre de savoir-faire et de savoir être. Pour être compréhensible et convaincant et pour honorer le public auquel on s’adresse.

La prise de parole impose des codes. De même qu’il y a des codes vestimentaires, des codes de la route ou de politesse.

Quelle est la politesse exigée de l’orateur ou du communicant ?

  • Etre compréhensible. Facile et agréable à écouter.
  • Etre pédagogique. Avoir une pensée construite.
  • Donner envie : nous stimuler à épouser son point de vue ou à le suivre.

A quoi j’ajoute un certain nombre de codes réunis dans la notion de Non Verbal :
La posture, le regard, la voix, la diction…

Du président normal, à la parole ordinaire …

Sans une certaine tenue, la parole se banalise très vite pour devenir plate. Une parole ordinaire. Donc sans portée. Qu’importe alors la sincérité de la personne qui s’exprime si elle ne crée pas d’intérêt ou d’émotion !

Mais nous sommes en France et l’école ne nous a pas appris tout cela. Au contraire, l’école nous a plutôt enseigné la discrétion, la modestie ou « ne fais pas ton intéressant ! ». Or qu’est-ce que la politique sinon de rendre vivantes et intéressantes les idées ?

Chez nous, la mise en valeur et la représentation de la parole est suspecte de mauvaises intentions. Voire de mensonge. On se méfie du beau parleur.
Ou bien on accorde ce privilège à quelques lettrés qui ont reçu mandat ou délégation pour offrir leur belle éloquence aux affamés de la culture qui boivent leur parole comme on boit à la source.

C’était l’ancien temps.

Désormais la parole est à tous. Mais l’enseignement n’a pas suivi.
Voilà pourquoi il serait malvenu de se moquer des personnalités « En Marche », saisies sur cette vidéo.

Voyons en quoi leurs « erreurs » peuvent nous servir 

Du balbutiement à la fuite …

Que voit-on dans cette vidéo ?

En 1 – Une jeune femme qui parle d’un sujet qu’elle ne maîtrise pas
En 2 – Une jeune femme qui lit, mal et sans nous regarder, ses notes
En 3 – Un jeune homme qui ne veut pas débattre. Qui se défile, visiblement pas sûr de lui
Etc.

Toutes les imprécisions, les familiarités, les syllabes mangées, les hésitations, les eeeuh… baaah… j’pense… sont caractéristiques d’un même « à peu près »… Parce que prendre la parole… ça se prépare ! Je dirais même plus : c’est une culture.
Il y a même plus grave dans le fait de refuser le débat sous le prétexte que « l’offre… elle est claire…». Claire pour qui ?

Voyons ça de plus près.
Il n’est pas question d’analyser le contenu ni la pertinence du propos mais de pointer les comportements, les manques et les maladresses « assassines ». Que l’on retrouve chez beaucoup d’orateurs novices ou même confirmés.

J’en relève 3 principales :

  1. L’impréparation
  2. La pensée floue
  3. La diction molle

1 – L’impréparation à la prise de parole

Il est évident que pour une majorité de personnes la parole est une expression banale ou spontanée de la pensée. Et qu’il suffit de penser tout haut pour que les choses soient claires. Encore une fois, claires pour qui ?

Mis à part les professionnels de la communication, l’idée de se préparer à une présentation ou à un exposé n’est pas encore admise. Pourtant notre société toute entière tend à cela. A l’exposition de plus en plus grande de l’individu. En entreprise ou sur les réseaux sociaux.

Se préparer cela implique

  1. Une prise de conscience physique et mentale
  2. Répéter pour intégrer des automatismes
  3. Définir un objectif clair pour un message percutant

Les personnes interviewées dans la vidéo sont censées expliquer au public français, une nouvelle politique, un nouvel ordre des choses, des projets, de l’espoir peut-être… Sont-elles prêtes ? Savent-elles ce qu’elles ont à dire ? Pour quel objectif ? Pas sûr !

2 – Une intention floue, eeeuh… baaah

« Si tu ne sais pas où tu vas, ta conduite s’en ressent. N’insulte pas le ciel ni le GPS… Ils n’y sont pour rien ».

Au moment de prendre la parole il faut avoir sa conclusion en tête. Au moins son objectif. Et le chemin pour y arriver. En suivant quel parcours ? En combien de temps ? Pour quel public ?

De même, lorsqu’on commence une phrase on doit viser sa fin. Faire des phrases qui commencent par une majuscule et finissent par un point. Donc une parole construite, avec de bons appuis et des respirations.
Le manque d’intention claire produit un discours flottant avec les hésitations et les tics habituels qui sont autant de manifestations de la peur du silence ou du vide…
Les eeeuh… les baaah…

Tout cela fait mauvais effet :

  • Pas de cohérence du discours
  • Phrases décousues
  • Pensées qui flotte

Bien sûr le sachant, les journalistes en profitent. Ils s’amusent à semer des « pièges à novices » pour des proies faciles.

Dans la vidéo de l’exemple on voit une parole erratique qui se cherche à l’aveugle, en tâtonnant. Ce faisant c’est l’authenticité du message qui est remise en question. Donc le message d’Emmanuel Macron que ces personnes représentent. On peut le vérifier dans les commentaires.

3 – Une Diction molle

Je cite : « Nous avons le devoir de porter l’avenir du pays, le projet du président Emmanuel Macron. Nous le ferons ! »  S’enthousiasme ainsi Guillaume Gouffier, élu du Val-de-Marne.

Pour que l’intention porte il faut que le souffle la porte jusqu’au bout des lèvres.

Au bout des lèvres, des dents, de la langue. Jusqu’au bout du visage, et dans l’expression du corps et de la personne.
Pour que la mission soit entendue il faut l’incarner. Et non pas seulement « l’ânonner » comme s’en défend une candidate. Cette mission il va même falloir la marteler. C’est vrai de toute prise de parole engagée.

Le corps de la parole se construit dans un corps physique. Il va falloir l’apprendre et le muscler pour muscler l’écoute de son auditoire. A cet égard il suffit d’écouter n’importe quel orateur américain pour se convaincre de leur « force de frappe »…

Mis à part les professionnels de la radio ou de la télé, peu de gens savent que la diction est une signature personnelle qui signe le caractère d’une personne. Qui définit son autorité et sa légitimité aux oreilles extérieures. Et sa place dans la société.

 

Voici quelques conseils à appliquer :

  • Préparez vos prise de paroles. Faites un plan. Répétez avec une caméra.
  • Soignez vos entrées en matière
  • Regardez vos interlocuteurs
  • Faites des phrases courtes qui commencent par une majuscule
  • Appuyez-vous sur les consonnes pour donner du relief à votre expression

 

Que pensez-vous de cette vidéos et de ces conseils ?

Répondez-moi dans les commentaires juste en dessous

1 réponse
  1. Romain
    Romain dit :

    Bravo, super boulot comme d’habitude !

    PS: il y a quelques jours j’étais à la webconférence, qui était très bien d’ailleurs

    Cordialement Romain

    Répondre

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