Home Non classé Prise de parole : les 5 leçons de Sarkozy – 3/5

TF1-10 février 2011 : Emission : paroles de français

A quelle hauteur je parle ? (Les valeurs)

Qu’est-ce que Nicolas Sarkozy essaye de toucher en nous ?
Quelle émotion (é – motion = mettre en mouvement) pour nous convaincre ? Pour gagner notre confiance ? Pour remonter dans les sondages ou pour nous inciter à voter pour lui ?

Quelques observations tout d’abord.
Il y a plusieurs façons d’intéresser une personne. Plusieurs manières de lui parler. A des niveaux ou « hauteurs de visée » différents.

–    Parler à sa raison (la tête)
–    Parler à ses sentiments (cœur)
–    Parler à ses instincts (ventre)
–    Parler à son « Moi supérieur » (âme / Spirituel)

La tête
S’adressant à la tête, on pense à l’intelligence et à la raison. A tout ce qui construit l’homme cultivé ou instruit : raisonnement, diplômes, compétences, esprit d’analyse,  responsabilité, calculs, réflexion, stratégie, etc

Le cœur
S’adressant au cœur on parle à la partie affective ou sentimentale de la personne. Le cœur est synonyme de valeurs et de sentiments partagés. Qu’ils soient amoureux ou autres. Solidarité, tolérance, compassion, écoute, empathie, respect de l’autre,  « aime ton prochain, comme toi-même »…

Le ventre
S’adressant au ventre on sollicite les émotions profondes associées aux besoins vitaux et à la survie. A nos peurs fondamentales de manquer ou de perdre. A la peur de l’inconnu, « ventre noué ». Que l’on retrouve aussi dans le stress, le trac, le manque de confiance en soi. L’inverse est la « Zen attitude », ventre paisible, respiration posée.

Le Moi supérieur
C’est le sentiment supérieur ou « magique » de notre condition. On peut l’associer aux valeurs profondes ou sacrées de chacun. Certains croient en Dieu, d’autres en un au delà. Certains sont dans une quête spirituelle ou poursuivent un idéal, personnel ou collectif (religion / communauté / nation, etc.)
(Les discours patriotiques d’antan, les idéologies, ont beaucoup joué sur la fibre « magique » et le dépassement de soi).

Ces 4 niveaux sous tendent et nourrissent notre message de façon subtile. Ils parlent dans chacune de nos paroles, dans chacun de nos gestes. Avec des dosages relatifs selon chaque personnalité.
Ils s’appliquent à la relation : père (mère) / enfants – chef d’entreprise / salariés –  cadre / équipe – entraineur / joueurs –  et à toutes les situations d’échange.
En faisant preuve de compétence (tête), d’empathie (cœur), d’assurance (ventre), de sérénité (âme) chacun défini une certaine tonalité de présence.

Comment repérer ces différents niveaux chez quelqu’un ?
Quels sont les critères d’observation ? Par quel moyen décrypter ces informations ?  Je vous propose les bases suivantes :

–    La posture : nous informe de la pose intérieure (tête / ventre)
–    La voix : nous dit l’état affectif, la maitrise culturelle, les émotions  (cœur)
–    Les gestes : le degré d’affirmation ou de maitrise de soi (ventre / Moi supérieur)
–    Les mots choisis : le type de vocabulaire trahit la construction intérieure (tête)
–    Le message : structuration, énergie, rythme nous disent la maitrise de soi et du sujet traité. La force d’entrainement. (tête / cœur / ventre)
–    Le Non dit : gestes parasites, respiration / regard / complètent le message de la voix et du corps (cœur / ventre / Moi supérieur)

Que nous dit Nicolas Sarkozy ?

Le corps / la posture / les gestes
Physiquement durant cette table ronde on le voit rassemblé, le corps assez statique (absent) avec des gestes courts ; seules les mains bougent et reviennent sous la table comme à la niche. Peu d’élan donc. Posture d’écoute qui la joue modeste. Où le visage seul argumente avec des mimiques plutôt contrites. Dominante de tête. Il veut nous convaincre avec des mots et des faits.

La voix
C’est une voix posée certes, mais sans arrêt contrôlée (qui ne se lâche pas). Une voix raisonnable (débit posé) et émotionnelle (dans le plexus). Une voix à hauteur d’un cœur (qui ne déborde jamais) : mesurée, calculée pour servir strictement le propos. Pas d’écarts, pas d’élan ou d’humour. La sensation pour moi d’un homme qui se surveille.

Les mots / le discours
Nous sommes dans un discours de précautions et de limite (tête). Qui alterne justification (tête) et appel à l’affectif (cœur) ou aux émotions basiques (ventre).
Je ne peux me livrer ici à une expertise au mot à mot, trop longue. Je donne quelques indications :
Dès son entrée en matière, il donne la tonalité de son intervention…

–    Mots et verbes conservatoires : garder (la France) /  défendre (modèle social) / préserver (valeurs) / comme on a toujours vécuaccepter (le changement) et non pas choisir le changement.

–    Appel aux sentiments basiques (ventre) : « tant de gens ont peur… » (parlant de meurtre de Laetitia, sur lequel il passe beaucoup de temps ; éludant la colère des magistrats) « violée par un récidiviste / assassinée par un récidiviste / découpée en morceaux par le même récidiviste… »

–    Idem s’agissant de la France. , Nicolas Sarkozy abonde dans le sécuritaire, la sanction, la protection (ventre).

Le discours
Je parlerai d’un discours de contournement, conservateur et émotionnel. Qui fait du zèle sur des points de détail et finit par noyer le propos.

A quelle hauteur nous parle Nicolas Sarkozy ?
A hauteur de raison (tête) et de sentiment restreints (peur / ventre). Il défend des valeurs de corps (ventre). Contre d’autres élus qui professent des opinions rassembleuses ou solidaires (coeur), il pratique le morcèlement des sujets par  catégories : les femmes, les délinquants, les agriculteurs, les victimes, etc. ce qui lui permet de cibler des écoutes différenciées. Sans jamais proposer de projet général. Sans « élever » le débat (âme). Au fond sans véritable projet à demain. Comme un chef de famille qui gère au jour le jour et fini par générer de la frustration.
Pas de vision… donc pas de rêves… pas d’idéal… !

On peut d’ailleurs comparer le « travailler plus pour gagner plus » avec la déclaration de Barak Obama lors de son élection présidentielle : « Yes we can ».
Deux slogans qui contiennent deux sagesses.
L’un qui parle au ventre et à la nécessité (tête / ventre)
L’autre qui rassemble et invite à se dépasser ensemble (tête / coeur / ventre / âme)
Entre les deux mon choix est fait…

à suivre :

Prise de parole – 4ème leçon de Sarkozy : quel rôle je joue ?
Prise de parole : 5ème leçon de Sarkozy : quel est l’enjeu ?

Retrouver les 5 leçons de Nicolas Sarkozy

Prise de parole : 1 ère leçon de Sarkozy /  d’où je parle ?
Prise de parole : 2ème leçon de Sarkozy /  à qui je m’adresse ?

Prise de parole : 4ème leçon de Sarkozy / Quel rôle joue-t’il ?
Prise de parole : 5ème leçon de Sarkozy / Quel est l’enjeu ?

 

 

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