Jean-Luc Mélenchon pratique l’art de parler en public. Je l’appelle aussi « Mélenchon le flamboyant » pour sa manière de « faire des étincelles »…  Mots d’esprits, regards malins, ton enjoué, mini explosions d’humeur, d’indignation, de colère. Parler en public devient une danse, un acte, une invitation à l’action… Ce qu’il fait en prenant la tête d’une marche vers la Bastille (18 mars) à la façon de De Gaulle en 1944, majestueux, rayonnant, remontant à pied, en libérateur, les Champs-Élysées.
On ne va pas seulement « voir Mélenchon » : on va l’écouter et participer.
C’est ce qu’il ressort des réponses des personnes interrogées à son sujet :
« Lui au moins, on comprends quand il parle / il a l’air de bien parler
… »

Quels sont les points forts de Jean-Luc Mélenchon, dans la prise de parole en public ?

Les 7 points forts d’un grand orateur

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1 – Il est lui même

Il tire parti de son talent personnel. De ses qualités et ses « défauts ». Tantôt capricieux, tantôt malicieux, sentimental, brusque, emporté, séducteur, « campagnard », lyrique, jouant avec les mots…
Il fait le spectacle (même s’il refuse ce mot). En fait il fait ce que tout orateur doit faire pour rendre son propos vivant, audible et visible à des milliers de personnes venues l’écouter. La parole en public justifie une mise en forme minimum (mise en scène), pour être perçue de loin et par tous les publics. Une gestuelle large. Une amplitude vocale et un tempo verbal, ajustés à l’acoustique du lieu.

2 – Il est posé et centré

Mélenchon, assume la posture visible du leader. L’ancrage, la verticalité, la prestance, le regard, le centrage. (Il ne suffit pas d’être à la tribune pour être le centre. Il faut l’incarner intérieurement). Il établi un lien physique avec son auditoire. Il regarde chacun, lui parle, lui sourit. Et chacun le reçoit ainsi.

3 – Il fait autorité

Il établi une relation d’autorité (auteur / autorisation) avec le public, en lui donnant des règles ou des consignes d’écoute ou de silence. Il commande, interpelle, avec humour ou sérieux. Il est pilote de la rencontre. Pour cela il se fait maitre du temps. Maitre du souffle partagé : élocution posée, respirations, poses.

4 – Il est « entier » dans son expression

Il ne se contente pas de dire, il se donne dans chaque mot. Par toutes les fibres de son corps, par tous les traits de son visage, mobilisé. Il est présent des pieds à la tête. Il donne corps à sa pensée.

5 – Il est pédagogue

Il veut être compris de tous. Il a un souci de clarté qui se vérifie dans la structure, le déroulé et le rythme de ses allocutions. Qu’il ponctue de gestes forts ou de répétitions. Avec une élocution vivante et variée.

  • Bonne diction : Chaque mot énoncé est clairement énoncé et vient jusqu’à nos oreilles. Et non l’inverse ! (Certains nous obligent à tendre l’oreille pour les comprendre).
  • Phrasé modulé (variations de hauteurs) et contrasté (variations de rythme)
    Intonations contrastée. Le temps d’un meeting, il joue de la force et de la douceur en alternance.
  • Pratique de l’humour et de l’autodérision qui détendent et mettent les rieurs de son côté.

6 – Il aime le français

Il mord dans les mots comme dans son quatre heures d’enfant.
La plupart des hommes politiques énoncent des idées. Certaines intéressantes, fortes ou contestables mais répétitives et toujours prévisibles… Mélenchon surprend par son goût de l’inédit ou de l’inattendu. Par sa manière de mettre « les pieds dans le plat » ; son goût des sentences fortes « l’abjecte troïka », par sa totale sincérité qui recoupe sa première qualité de base : il est lui même. L’homme politique rejoint alors le professeur de français qu’il a été.

 Cette maitrise de la langue le rend fort et modeste à la fois. Fort parce qu’il connait le pouvoir des mots et la force de son talent ; modeste parce qu’il se sait l’héritier d’une longue tradition à laquelle il emprunte et se réfère.

 7 – Il est puissant

Il donne de la voix sans forcer. D’où un sentiment de puissance et de confort qui sert son autorité. (Au contraire d’un orateur qui « pousse » ; qui trahit ainsi une impatience ou un manque d’assurance).
Il y a dans la prise de parole de Jean-Luc Mélenchon à la Bastille, quelque chose d’un retour aux sources, à De Gaulle…

 

Un grand orateur

Jean-Luc Mélenchon renoue avec une forme héroïque de la parole.
Sa voix est portée par plusieurs facteurs qui s’additionnent et dont il tire parti :

  • Le moment historique de questionnement que nous vivons (élections présidentielles)
  • La scène médiatique qui lui est offerte
  • Un courant de pensée qui le soutien et qu’il représente (le Front de Gauche)
  • Un charisme personnel assumé et travaillé
  • Le sentiment d’une mission (symboles / références historiques)

Il prouve la force de la parole. Aujourd’hui comme autrefois. Il en fait la démonstration quand avec lui  le Front de Gauche crédité de moins de 5% au début de la campagne électorale est passé à plus de 14% d’intentions de vote.  (Sondage du 23 mars)
 
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